UTILITÉ DE L’HISTOIRE
C’est un sentiment naturel, on pourrait presque dire un besoin, qui nous entraîne vers l’histoire. L’imagination s’arrête volontiers aux images du passé, et l’âme en éprouve une heureuse influence. « Lorsque, suivant la belle remarque d’Ancillon, le vieux barde celte veut dépeindre la profonde et suave impression que la musique fait sur son âme, il dit seulement qu’elle agit sur lui comme le souvenir des temps passés. »
Mais d’où vient cette inclination générale ? — Elle est profondément enracinée dans la nature sensible et morale de l’homme qui, partout où elle s’est conservée pure et a acquis quelque développement, se révèle par un sentiment sympathique, et qui, lorsqu’elle obéit à ses bons penchants*, s’aime et s’estime, non dans l’isolement de son étroite personnalité, mais dans la généralité de l’espèco. Connaître dans sa vaste étendue et son unité cette espèce à laquelle nous appartenons, comprendre cette vie spirituelle dans le torrent de laquelle est emporté le frêle esquif de notre existence particulière, apprendre du moins à soupçonner la fin, le but vers lequel nous nous dirigeons, tout cela est pour l’homme d’un intérêt aussi pur qu'élevé. Dans quelle autre sphère, plus que dans l’histoire, l’humanité nous apparalt-elle sous sa véritable physionomie, dans son existence propre? C’est en elle, et en elle seulement, que nous pouvons reconnaître la nature humaine permanente, éternelle, au sein des apparences contingentes et des diverses particularités du temps et de l’espace. Sans doute, elle se manifeste sous des formes multiples et