‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 6 sur 249 · LES. DEUX ANGES · texte numérisé non relu

LES. DEUX ANGES

Fraternellement enlacés, les anges du sommeil et de la mort parcouraient la terre. Le soir étant venu, ils se reposèrent sur une colline non loin des habitations des hommes. Un silence mélancolique régnait autour d’eux, et la cloche du soir du hameau lointain se taisait elle-même. Paisibles et silencieux, comme il est dans leur nature, les deux génies bienfaisants se tenaient tendrement embrassés*, et déjà la nuit s’approchait. Alors l’ange du sommeil se leva de son lit de mousse, et d’une main légère il répandit les graines invisibles de ses pavots. La douce brise du soir les porta dans la demeure du villageois fatigué, et, depuis le vieillard courbé sur son bâton jusqu’au nourrisson dans son berceau, tous les habitants des cabanes champêtres tombèrent dans un doux sommeil. Le malade oublia ses maux, l’affligé ses chagrins, le nécessiteux son dénuement : tous les yeux se fermèrent. Après avoir accompli sa mission, l'ange bienfaisant du sommeil vint reprendre sa place à côté de son frère plus sérieux, a Quand s’éveillera l’Aurore, dit-il avec la joie de l’innocence, les hommes me béniront comme leur ami et leur bienfaiteur. Oh 1 il est si doux de faire le bien en secret et à la dérobée ! Que nous sommes heureux d’être les messagers invisibles de la bonté divine 5 ! Que notre mission est belle! » — Ainsi parla l’ange bienfaisant du sommeil.

L’ange de la mort le regarda avec une silencieuse tristesse, et une de ces larmes qui viennent mouiller la paupière des immortels roula dans ses grands yeux. — « Ilélasl dit-il, que

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