GUSTAVE-ADOLPHE, ROI DE SUÈDE
.... Mais le gage le plus sùr de l’heüreux succès de son entreprise, Gustave-Adolphe le trouva en lui-piême. La pru-
dencc lui faisait un devoir de s’assurer l’appui des puissances étrangères, et d’aller ainsi au-devant du reproche do témérité; mais ce 11 e fut que dans son cœur qu’il puisa sa confiance et son courage. Gustave-Adolphe fut, sans contredit, le premier capitaine de son siècle et le plus vaillant soldat de l’armée qu'il avait formée lui-même. Familiarisé avec la tactique des Grecs et des Romains, il créa une stratégie nouvelle qui servit de type aux plus grands généraux des temps ultérieurs. Pour rendre plus faciles et plus rapides les mouvements de la cavalerie, il diminua les grands et lourds escadrons; dans le même but, il plaça les bataillons à des distances plus éloignées. Une armée ne formait ordinairement qu’une seule ligne; il plaça la sienne sur deux afin que, si la première venait à plier, la seconde put la soutenir. Il sut remédier au défaut de cavalerie en plaçant des fantassins entre les cavaliers, manœuvre qui décida souvent la victoire; le premier, il fit comprendre à l’Europe l’importance de l’infanterie dans les batailles rangées. L’Allemagne tout entière admira la discipline qui, dans les premiers temps, distingua si glorieusement l’armée suédoise sur le sol allemand.
Tous les excès étaient sévèrement punis, surtout le sacrilège, le pillage, le jeu et le duel. La sobriété et la tempérance étaient ordonnées p3r le code militaire de la Suède; aussi ne voyait-on dans le camp suédois, sans en excepter la lente du roi, ni or ni argent. L’œil du général Veillait avec une égale sollicitude, et sur les mœurs des soldats, et sur leur valeur guerrière. Matin et soir, chaque régiment se formait en cercle autour de son aumônier, et faisait une prière en plein air. En tout cela, le roi était en même temps le législateur et le modèle; une piété vive et sans fard exaltait encore le courage qui animait son grand cœur. Également éloigné de cette incrédulité brutale qui affranchit les barbares du seul lien capable de mettre un frein à leurs sauvages désirs, et de celte bigoterie rampante d’un Ferdinand, qui se réduit devant la divinité à la vile condition d’un vermisseau
pour se donner le droit de fouler aux pieds l’humanité entière, même au milieu de l’enivrement de sa fortune, il sut rester homme et chrétien, comme dans l’exercice de sa piété il resta héros et roi. Il supportait, comme le dernier des soldats de son armée, les fatigues et les privations de la guerre. Au milieu des nuages de fumée qui obscurcissaient le champ de bataille, son esprit restait lumineux. Son regard était présent partout, et cependant, oubliant la mort qui l’entourait, le poste le plus périlleux était toujours le sien. Son intrépidité naturelle lui faisait oublier trop souvent les devoirs du général, et la mort d’un simple soldat termina cette existence royale. Mais le lâche comme le vaillant suivait à la victoire un pareil capitaine, et à son regard d’aigle n’échappait aucun des actes de courage que son exemple avait fait naître. La gloire de son chef enflammait la nation d’un noble enthousiasme. Fier d’un tel roi, c’est avec joie que le paysan de la Finlande et de la Gothie donnait ce que sa pauvreté lui permettait d’offrir; c’est avec joie que le soldat versait jusqu’à la dernière goutte de son sang. La généreuse impulsion que le génie d’un seul homme avait donnée à la nation entière survécut longtemps à son fondateur.
Schiller.