CARACTÈRE DE SOCRATE
Les vertus de Socrate n’ont la forme, ni d’uno habitude sociale, ni du naturel, ni de la nécessité, mais d’une détermination libre et indépendante. On sait que son extérieur annonçait un naturel corrompu par de basses et odieuses passions ; il s’est dompté lui-même comme il nous l’apprend. Cette figure de Socrate se présente à nous comme un do ces grands caractères plastiques faits d’une seule pièce, et tels que nous sommes habitués à les voir à cette époque, commo un chef-d’œuvre classique accompli, qui s’est lui-mêmé élevé à celte hauteur. Ces caractères ne sont pas le produit de
circonstances extérieures 1 , mais c’est par un libre développement qu'ils sont devenus ce qu’ils étaient ; ils sont devenus ce qu’ils ont voulu être, et sont restés fidèles à leur mission. Dans une œuvre d’art digne de ce nom, le côté remarquable, c’est qu’une idée, un caractère sont mis en relief, représentés de telle sorte, que chaque trait est déterminé par cette idée, et c’est à celte condition que l’œuvre d’art est, d’une part vivante, de l’autre belle. — La beauté la plus élevée, la pénétration réciproque, l’harmonie parfaite de tous les éléments de l’individualité a lieu en vertu d’un principe interne. De semblables chefs-d’œuvre, ce sont les grands hommes de ce temps. L’individualité la plus haute de 1 homme d’État, c’est Périclès, que Sophocle, Thucydide, Socrate, etc., environnent comme autant d’étoiles. Parun travail opiniâtre, ces hommes ont amené leur individualité à l’existence; cette existonce, ils en ont fait une existence déterminée, un caractère, et ce caractère est devenu l’élément dominant de leur essence, un principe qui pénètre et modèle tout leur être. C’est par ses propres forces que Périclès s’est fait homme d’État. On raconte de lui qu’à partir du moment où il se voua aux affaires de la république, il ne rit plus, n'alla plus à un seul banquet, et vécut exclusivement pour le but qu’il s’était proposé. C’est ainsi que Socrate lui aussi, par l’art de diriger ses facultés, l’énergie de son libre arbitre, s’est créé un caractère déterminé, a donnée sa vie une haute mission, a acquis des talents et do l’habileté. Celte grandeur, cette longue influence encore décisive dans la sphère de la religion, de la science et du droit, il la doit au principe qu’il a posé, et ce principe, c’est que le génie de la conviction intime est la base dont l’homme doit se préoccuper avant tout.
Socrate fut un modèle des vertus morales, un modèle do sagesse, de modestie, de sobriété, de modération, de justice,