IMPORTANCE DES ÉTUDES CLASSIQUES
L’esprit et le but de notre établissement, c’est la préparation adx études libérales 2 , préparation qui a pour base les Grecs et les Romains. Depuis quelques milliers d’années, c’est là le sol sur lequel toute culture est née, s’est développée, et avec lequel elle a été en connexion permanente. De même .que les organismes physiques, les plantes, les animaux s’efforcent d’échapper à la pesanteur, sans pouvoir cependant se déppuiller tout à fait de cet élément do leur essence ; ainsi, toutes les sciences et tous les arts ont pris naissance sur le sol de la Grèco et do Rome, et n’ont pu, bien qu’arrivés à une existence propre, se délivrer du souvenir de celte première origine. De même qu’Antée prenait de nouvelles forces en louchant la terre sa mère, c’est par un retour vers l’antiquité que chaque nouvel essor, chaque accroissement de là science et de la culture intellectuelle est venu au jour.
Mais s’il est important de conserver ce terrain, ce qui no l’est pas moins, c’est de changer les rapports dans lesquels il s’est trouvé jusqu’à ce jour.
Je me contenterai de vous rappeler, en quelques mots, la place bien connue qu’occupait autrefois l’étude de la langue latine. Vous savez qu’elle n’était pas considérée comme un moment des études libérales, mais qu’elle en constituait la part la plus essentielle, l’unique moyen de culture élevée offert à celui qui ne voulait pas s’arrêter à la limite de l’instruction générale et tout à fait élémentaire; vous savez qu’on
1. Lorsque Hegel prononça, en 1809, le discours auquel sont cmpruulés ces fragments, il était proviseur du lycée (gymnase) de Nuremberg. ,
2. ©dcljït, s’appliquant à la fois aux sciences et aux lettres, nous a semblé ne pouvoir être rendu que par un équivalent. La traduction exact serait érudit dans le sens absolu du lutin; niais nous avons pris l’habitude do donner à ce mot une acception trop restreinte.
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prenait à peine des dispositions expresses pour répandre des connaissances utiles à la vie civile ou ayant en elles-mêmes leur valeur, et que le fait et la mesure de leur acquisition étaient entièrement subordonnés à l’étude contingente de la langue latine, et qu’enfin ces connaissances, considérées comme constituant une sorte de métier spécial et non un moyen général d’instruction, étaient en grande partie cachées sous l’enveloppe de celte langue.
Ün cri unanime s’éleva contre cette étude du latin, devenue si funeste; on sentit surtout qu’un peuple ne saurait être regardé comme civilisé s’il ne peut faire passerdans sa langue propre tous les trésors de la science, et l’employer à traiter une matière quelconque en conservant ses libres allures. Cette intimité de la langue maternelle manque aux connaissances que nous possédons par l’intermédiaire d’une langue étrangère ; elles sont séparées de nous par une sorte de cloison qui ne permet pas à l’esprit de se les assimiler complètement '.
Ce point de vue exclusif, les méthodes avilies au point de n’être plus qu’un mécanisme vulgaire, la négligence à acquérir une foule de connaissances positives et à développer des facultés spirituelles, ont peu à peu dépouillé la langue latine de ses prétentions à être la science par excellence, et lui ont ravi la haute dignité qui en faisait le moyen général et presque exclusif de culture intellectuelle. Elle a cessé d’être considérée comme but, et cette occupation spirituelle a été condamnée à voir s’élever au-dessus de sa tête de prétendues connaissances positives*, parmi lesquelles se trouvaient des choses sensibles, vulgaires, qui ne pouvaient fournir aucune matière à l’instruction.
En reculant ainsi sur le second plan 1 , l’étude du latin a acquis le droit d’exister librement comme étude particulière,
t. Qui ne les laisse pas véritablement Cire indigènes pour l’esprit.
a. De prétendues choses.
a. Se mettant ainsi de côté.
PROSE: DISCOURS
sans cire compromise etlourmentée par le mélange de choses hétérogènes. Par cette séparation et cetto limitation, elle a obtenu, avec sa véritable place, la possibilité de se développer d’une manière plus libre et plus complète. L’indice infaillible de la liberté et de la force d’une organisation consiste en ce que les différents moments qu’elle renferme acquièrent de la profondeur, deviennent un système complet, accomplissent et voient accomplir simultanément leur œuvre, et qu’cnSn tous ces éléments se réunissent de nouveau pour constituer un vaste ensemble. Si donc l’étude des langues anciennes demeure, comme auparavant, la base delà culture libérale, ses prétentions ont été vivement combattues même dans ces limites. 11 semble justé d’exiger que la civilisation d’un peuple, son art, sa science, parviennent à acquérir une Valeur indépendante'. La culture du monde moderne, nos lumières, les progrès de tous les arts et de toutes les sciences ne nous autorisent-ils pas à croire que nous sommes émancipés des Grecs et des Romains*, que nous avons échappé à leur lisière et pouvons marcher seuls*? Sans contester aux œuvres des anciens leur mérite plus ou moins grand, no pourrait-on pas les faire rentrer dans le catalogue des souvenirs, des doctes curiosités, leur donner uno pure valeur historique qu’On pourrait accepter ou non, mais sans en faire le point de départ et la base absolue do notre culture intellectuelle plus haut placée que la leur?
Cependant, si nous accordons qu’en général il faut partir du parfait, il faut que la littérature des Grecs principalement, et ensuite celle des Romains, reste la base des études élevées. La perfection et la magnificence de ces chefs-d'œuvre doit être le lien spirituel, le baptême profane qui donne à l’âme le ton, la teinture ineffaçable du goât et de la science,