Marcher sur notre propre sol' et terrain
et, pour cette initiation, un commerce général, extérieur avec les anciens, est loin de suffire. Il faut, au contraire, que nous nous mettions en pension chez eux, en quelque sorte, pour respirer leur atmosphère, nous assimiler leurs idées, leurs mœurs, même, si l’on veut, leurs erreurs et leurs préjugés, et nous faire citoyens de ce monde, le plus beau qui ait jamais existé. Si le premier paradis a été celui de la nature humaine , le monde des Grecs a été le paradis plus noble de l’esprit humain qui se présente dans sa beauté naïve, sa liberté, sa profondeur, sa sérénité, comme la jeune épouse sortant de la chambre nuptiale. La sauvage splendeur que l’esprit présente à son lever en Orient est tempérée par la magnificence de la forme, adoucie par la beauté. La profondeur ne consiste plus dans la confusion, l’humeur sombre, l’enflure; mais elle est simple, transparente pour ainsi dire. Sa joie sereine n’est pas celle d'un enfant dans ses jeux; mais elle voile une mélancolie qui, connaissant la rigueur du destin, évite cependant l’exagération, et qui, loin d’enlever à l’esprit sa liberté, lui permet de s’élever au-dessus des coups du sort '. Je ne crois pas trop m’avancer en disant que celui qui n’a pas connu les œuvres des anciens a vécu sans connaître la beauté.
Cette atmosphère que nous respirons, non-seulement met en éveil toutes les forces do notre âme, les développe et les exerce *, mais elle devient une substance propre, par laquelle nous enrichissons et élaborons une substance meilleure qui est la nôtre.
La nourriture la plus généreuse ^ous la forme la plus noble, des pommes d’or sous une enveloppe d’argent, voilà ce que renferment les œuvres des anciens, et à un degré incomparablement plus élevé que celle d’une époque et d’une
4- Du destin,... mais qui n’est pas cliassé par clic de ]a liberté sur lui et hors de la mesure.
2. Dans un pareil élément dans lequel nous nous domicilions, il n’arrive pas seulement que toutes les forces. de notre Ame, etc.
PROSE: DISCOURS
nation quelconque. II me suffit de rappeler la grandeur de leurs sentiments, leur vertu typique et leur amour de la patrie exempts de toute duplicité, le grand style de leurs faits et de leur caractère, la diversité de leurs destinées, de leurs mœurs, de leurs constitutions, pour pouvoir légitimement affirmer que nulle civilisation ne réunit tant de choses excellentes, merveilleuses, originales, variées et riches d’enseignements.
Hégel.