LA PRÉVOYANCE ET L’EXPÉRIENCE
Prométhée ; ÉPIMÉTHÉE ; Pallas.
Épimëtiiéb. Ainsi donc, nous nous sommes trompés tous deux dans la formation de l’espèce humaine; — toi qui, en lui accordant trop de prévoyance, lui mis en main des instruments si dangereux, et moi qui, instruit à mes dépens sans doute, lui apportai du moins, avec bien des maux, l’espérance consolatrice.
Prométhée. Notre erreur fut très-différente, ô mon frère ! car s’il est quelque chose qui convienne à la faiblesse humaine, c’est la prévoyance. Par moi, tes tristes filles, Repentir et Excuse, n’auraient jamais paru sur la terre. J’aurais môme renvoyé aux dieux la botte fatale, avec l’espérance qu’elle renfermait et tout son cortège. La prudence est nécessaire à l’homme ; elle lui épargne ce moyen tout à fait phrygien 1 de devenir sage à ses dépens, unique ressource des insensés, qui cependant y ont rarement recours.
Épiméthée. Faible comme il est, l’homme peut-il tout prévoir? Pouvais-je deviner ce qui s’envolerait de ma boîte ?
Prométhée. Je t’avais averti, et tout homme a son conseiller. L’homme no doit pas porter ses regards au delà de son chemin, l’omniscience ne lui est pas nécessaire; cepen-