MAUX DE LA GUERRE
Quelle fureur aveugle pousse les malheureux mortels ! ils ont si peu de jours à vivre sur la terre ; ces jours sont si misérables ; pourquoi pre'cipiter une mort déjà si prochaine? pourquoi ajouter tant de désolations affreuses à l'amertume dont les dieux ont rempli cette vie si courte? Les hommes sont tous frères, et ils s'entre-déchirent; les bêtes farouches sont moins cruelles qu'eux. Les lions ne font point la guerre aux lions ni les tigres aux tigres : ils n'attaquent que les animaux d'espèce différente : l'homme seul, malgré sa raison, fait ce que les animaux sans raison ne firent jamais. Mais encore, pourquoi ces guerres? N'y a-t-il pas assez de terres dans l'univers pour en donnera tous les hommes plus qu'ils n'en peuvent cultiver? Combien y a-til de terres désertes! le genre humain ne saurait
financiers surpasseront les seigneurs mêmes, et tous lesbourgeois voudront marcher sur les traces des financiers qu'ils ont vus sortir de la boue. Personne ne se mesure et ne se fait justice. — ....Il y a aujourd'hui plus de carrosses à six chevaux dans Paris, qu'il n'y avait de mules il y a cent ans. Chacun n'avait point une chambre; une seule chambre suffisait avec plusieurs lits pour plusieurs personnes; maintenant chacun ne se peut plus passer d'appartements vastes et d'enfilades ; chacun veut avoir des jardins où l'on renverse toute la terre, des jets d'eau, des statues, des parcs sans bornes, des maisons dont l'entretien surpasse le revenu des terres où elles sont situées. D'où tout cela vient-il? de l'exemple d'un seul.» Directions pour la conscience d'uv roi. — Rapprochez de ce tableau celui que trace Labruyère : Caractères, chap. VII, de la ville, « Les empereurs n'ont jamais triomphé à Rome, etc. »
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les remplir. Quoi donc ! une fausse gloire, un vain titre de conquérant qu'un prince veut acquérir, allume la guerre dans des pays immenses! Ainsi un seul homme, donné au monde par la colère des dieux, sacrifie brutalement tant d'autres hommes à sa vanité : il faut que tout périsse, que tout nage dans le sang, que tout soit dévoré par les flammes, que ce qui échappe au fer et au feu ne puisse échapper à la faim encore plus cruelle, afin qu'un seul homme, qui se joue de la nature humaine entière, trouve dans cette destruction générale son plaisir et sa gloire! Quelle gloire monstrueuse ! Peut-on trop abhorrer et trop mépriser les hommes qui ont tellement oublié l'humanité? Non, non, bien loin d'être des demi-dieux, ce ne sont pas même des hommes ; ils doivent être en exécration à tous les siècles, dont ils ont cru être admirés. Oh! que les rois doivent prendre garde aux guerres qu'ils entreprennent! Elies doivent être justes : ce n'est pas assez, il faut qu'elles soient nécessaires pour le bien public. Le sang d'un peuple ne doit être versé que pour sauver ce même peuple dans les besoins extrêmes. Mais les conseils flatteurs, les fausses idées de gloire, les vaines jalousies, l'injuste avidité qui se couvre de beaux prétextes, enfin les engagements insensibles, entraînent presque toujours les rois dans des guerres où ils se rendent malheureux, où ils hasardent tout sans nécessité, et où ils font autant de mal à leurs sujets qu'à leurs ennemis *. (Télémaquz, liv. xvn).
'«Toute compensation exactement faite, il n'y a presqus point de guerre, même heureusement terminée, qui ne fasse beaucoup plus de mal que de bien à un Etat. On n'a qu'à