ON GATE LES ENFANTS EN LES ADMIRANT
Souvent le plaisir qu'on veut tirer des jolis enfants les gâte ; on les accoutume à hasarder tout ce qui leur vient dans l'esprit, et à parler des choses dont ils n'ontpas encoredes connaissances
1 Qu'il désire, et qu'il ne soit pas encouragé à multiplier ses désirs, et à désirer des rh<vses déraisonnables.
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distinctes; il leur en reste toute leur vie l'habitude de juger avec précipitation, et de dire des choses dont ils n'ont point d'idées claires : ce qui fait un très-mauvais caractère d'esprit.
Ce plaisir qu'on veut tirer des enfants produit encore un effet pernicieux : ils aperçoivent qu'on les regarde avec complaisance, qu'on observe tout ce qu'ils font, qu'on les écoute avec plaisir; par là ils s'accoutument à croire que le monde sera toujours occupé d'eux.
Pendant cet âge où l'on est applaudi, et où l'on n'a point encore éDrouvé la contradiction, on conçoit des espérances chimériques r, qui préparent des mécomptes infinis pour toute la vie. J'ai vu des enfants qui croyaient qu'on parlait d'eux, toutes les foi? qu'on parlait en secret, parce qu'ils avaient remarqué qu'on l'avait fait souvent; ils s'imaginaient n'avoir rien en eux que d'extraordinaire et d'admirable. 11 faut donc prendre soin des enfants, sans leur laisser voir qu'on pense beaucoup à eux; montrez-leur que c'est par amitié et par le besoin où ils sont d'être redressés, que vous êtes attentif à leur conduite, et non par l'admiration de leur esprit. Contentez-vous de les former peu à peu, selon les occasions qui viennent naturellement. Quand même vous pourriez avancer beaucoup l'esprit d'un enfant, sans le presser, vous devriez craindre de le faire : car le danger
1 Chimériques. La Chimère était un monstre fabulem composé de parties prises à divers animaux, de manière à former un ensemble disparate et bizarre. On appelle ainsi les idées vaines et folles,
De ces chimères-la vous devez vous défaire.
Molière. Les Femmes savantes, set. n, se. 5.
de la vanité et de la présomption est toujours plus grand que le fruit de ces éducations prématurées qui font tant de bruit.
Il faut se contenter de suivre et d'aider la nature. Les enfants savent peu, il ne faut pas les exciter à parler ; mais, comme ils ignorent beaucoup de choses, ils ont beaucoup de questions à faire ; aussi en font-ils beaucoup. 11 suffit de leur répondre précisément ; et d'ajouter quelquefois certaines petites comparaisons, pour rendre plus sensibles les éclaircissements qu'on doit leur donner1. S'ils jugent de quelque chose sans le bien savoir, il faut les embarrasser par quelque question nouvelle, pour leur faire sentir leur faute, sans les confondre rudement ; en même temps il leur faut faire apercevoir, non par des louanges vagues, mais par quelque marque effective d'estime, qu'on les approuve bien plus quand ils doutent et qu'ils demandent ce qu'ils ne savent pas, que quand ils décident le mieux. C'est le vrai moyen de mettre dans leur esprit, avec beaucoup de politesse, une modestie véritable, et un grand mépris pour les contestations, qui sont si ordinaires aux jeunes personnes peu éclairées. (Éducation des filles.)
1 Qu'on doit leur donner. « La curiosité des enfanls est un penchant de la nature qui va comme au-devant de l'instruction ; ne manquez pas d'en profiter. Par exemple à la campagne, ils voient un moulin, et ils veulent savoir ce que c'est; il faut leur montrer comment se prépare l'aliment qui nourrit lliomme. Us aperçoivent des moir sonneurs, il faut leur expliquer ce qu'ils font, comment est-ce qu'on sème le blé, et comment il se multiplie dans la terre. A la ville, ils voient des boutiques où s'exercent plusieurs arts, etoù l'on vend diverse» marchandises. Il ne faut jamais être importuné de leurs demandes. » (Fb.nelon, même ouvrage,)