‹ Morceaux choisisChapitre 147 sur 164 · G2. RÈGLES DU STYLE · texte numérisé non relu

G2. RÈGLES DU STYLE

Depuis que des hommes savants et judicieux ont remonté aux véritables règles, on n'abuse plus, comme on le faisait autrefois 2, de l'esprit et de la parole; on a pris un genre d'écrire plus simple, plus naturel, plus court, plus nerveux, plus précis. On ne s'attache plus aux paroles 3 que pour exprimer toute la force des pensées; et on

1 Le but de l'éloquence. M. Despois remarque avec raison que, dans le jugement que nous portons sur les orateurs des siècles passés, nous devons tenir grand compte de l'opinion que leurs contemporainsont eue de leur éloquence, puisque, n'ayant que leurs ouvrages dépouillés du prestige de la voix et de l'action de l'orateur, nous ne saurions apprécier toute leur éloquence, mais seulement leur talent d'écrivains.

2 Comme on le faisait autrefois. Fénelon veut parler des écrivains qui ont précédé le dix-septième siècle, et chez qui, poètes ou prosateurs, régnait l'abus de lérudition et de l'esprit le plus recherché. Malherbe en poésie, et Balzac en prose, donnèrent le signal du retour à la simplicité et au nature.

3 On ne s'attache plus aux paroles, etc. « Il y a une bienséance à garder pour les paroles comme pour les habits. Une veuve désolée ne porte point le deuil avec beaucoup de broderie, de frisure et de rubans. Un missionnaire apostolique ne doit point faire de la parole de Dieu une parole vaine et pleine d'ornements affectés. » Fénelon, Lettre sur les Occupations de l'Académie française.

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n'admet que les pensées vraies, solides, concluante? pour le sujet où Ton se renferme. L'érudition, autrefois si fastueuse, ne se montre plus que pour le besoin ; l'esprit même se cache, parce que toute la perfection de l'art consiste à imiter si naïvement la simple nature , qu'on le prenne pour elle1. Ainsi on ne donne plus le nom d'esprit à une imagination éblouissante ; on le réserve pour un génie réglé et correct qui tourne tout en sentiment, qui suit pas à pas la nature toujours simple et gracieuse, qui ramène toutes les pensées aux principes de la raison, et qui ne trouve beau que ce qui est véritable. On a senti même en nos jours que le style fleuri, quelque doux et quelque agréable qu'il soit, ne peut jamais s'élever au-dessus du genre médiocre, et que le vrai genre sublime, dédaignant tous les ornements empruntés, ne se trouve que dans le simple.

On a enfin compris qu'il faut écrire comme les Raphaël, les Carraches et les Poussin 2 ont

1 Pour elle. Voyez, Y Art de l'Orateur, page 505.

2 Les Raphaël, les Carraches, et les Poussin. Raphaël Sarizio, ne à Urbin en 1485, est le plus grand peintre des temps modernes : aussi remarquable par le nombre et l'importance que par la perfection de ses compositions, il mourut à peine âgé de 57 ans. — Il y eut trois peintres du nom âeCarrache ; Louis, cousin et maître d' Auyustin ,etd' Ànnibal Carrache, qui le surpassèrent : tous trois vécurent de 1560 à 16-20, à Bologne. — yicolas Poussin, chef de l'ancienne Ecole fiançais^; naquit aux Andelys, en 1594, et mourut à Rom en 1665. La plus giande partie de sa vie se passa à Rome, toutefo:s il fit en France un séjour de deux ans, e\ Louis XIV le combla d'honneurs et de distinctions. 11 excelll également dans la peinture historique et dans le paysage.

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peinT, non ponr chercher de merveilleux caprices, et pour faire admirer leur imagination en se jouant du pinceau, mais pour peindre d'après nature. On a reconnu aussi que les beautés du discours ressemblent à celles de l'architecture. Les ouvrages les plus hardis et les plus façonnés du gothique ne sont pas les meilleurs. Il ne faut admettre dans un édifice aucune partie destinée au seul ornement; mais, visant toujours aux belles proportions, on doit tourner en ornement toutes les parties nécessaires à soutenir un édifice. 1

Ainsi on retranche d'un discours tous les ornements affectés qui ne servent ni à démêler ce

1 À soutenir un édifice. «Les inventeurs de l'architecture qu'on nomme gothique, et qui est, dit-on, celle des Arabes, crurent sans doute avoir surpassé les architectes grecs. Un édifice grec n'a aucun ornement qui ne serve qu'à orner l'ouvrage ; les pièces nécessaires pour le soutenir ou pour le mettre à couvert, comme les colonnes et la corniche, se tournent seulement en grâce par leurs proportions : tout est simple, tout est mesuré, tout est borné à l'usage ; on n'y voit ni hardiesse ni caprice qui impose aux yeux; les proportions sont si justes, que rien ne paraît tort grand, quoique tout le soit; tout est borné à contenter la vraie raison. Au contraire, l'architecte gothique élève sur des piliers très-minces une voûte immense qui monte jusqu'aux nues; on croit que tout va tomber, mais tout dure pendant bien des siècles; tout est plein de fenêtres, de roses et de pointes; la pierre semble découpée comme du carton ; tout est à jour, tout est en l'air. N'esl-il pas naturel que les premiers architectes gothiques se soient flattés d'avoir surpassé, par leur vain raffinement, la simplicité grecque? » FÉ- HBLOlf, Lettre sur les Occupations de l'Académie française. — On apprécie beaucoup mieux de nos jours cette architecture, que le dix-septième siècle ne goûtait nullement, et l'on n'admire pas moins les magnifiques cathédrales du moyenâge qu^ les monuments de l'art grec.

qui est obscur, ni à peindre vivement ce qu on veut mettre devant les yeux, ni à prouver une vérité par divers tours sensibles, ni à remuer les passions, qui sont les seuls ressorts capables d'intéresser et de persuader l'auditeur; car la passion est l'àme de la parole. (Discours de réception à l'Académie française.)

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