G5. LA CLARTÉ
On ne doit jamais hasarder aucune locution ambiguë; j'irais même d'ordinaire, avec Quintilien *, jusqu'à éviter toute phrase que le lec tour entend, mais qu'il pourrait né pas entendre s'il ne suppléait pas ce qui y manque. Il faut une diction simple, précise et dégagée, où tout se développe de soi-même et aille au-devant du lecteur. Quand un auteur parle au public , il n'y a aucune peine qu'il 112 doive prendre pour en épargner à son lecteur; il faut que tout le travail soit pour lui seul, et tout le fruit pour celui dont il veut être lu. Un auteur ne doit laisser rien à chercher dans sa pensée; il n'y a que les faiseurs d'énigmes qui soient en droit de présenter un sens enveloppé. Auguste voulait2 qu'on usât de répétitions fréquentes, plutôt que de laisser quelque péril d'obscurité dans le discours, En
1 Avec Quintilien. [Instit. orat. 1, vin, ch 2 ) Quintilien, célèbre rhéteur et avocat né à Rome vers l'an 40 de J.-C. Son traité de Ylnslilulion de l'orateur est le cours de rhéthorique le plus complet et le plus estimé que l'antiquité nous ait laissé.
* Auguste voulait, etc. Suétone, Vie d Aueuste. ch fi*.
DE FÉNELOS. 511
effet, le premier de tous les devoirs d'un homme qui n'écrit que pour être entendu , est, de soulager son lecteur en se faisant d'abord entendre f, (Lettre- sur les Occupations de V Académie française.)