‹ Morceaux choisisChapitre 20 sur 164 · LE TRÔNE DE PLUTON · texte numérisé non relu

LE TRÔNE DE PLUTON

Pluton 3 était sur un trône d'ébène * ; son visage était pâle et sévère , ses yeux creux et étincelants, son front ridé et menaçant. La vue d'un homme vivant lui était odieuse, comme la lumière offense les yeux des animaux qui ont accoutumé de 3 ne sortir de leurs retraites que pendant la nuit. A son côté paraissait Proserpine 6, qui attirait seule ses regards, et qui semblait un peu adoucir son cœur : elle jouissait d'une beauté toujours nouvelle; mais elle paraissait avoir joint à ses grâces divines je ne sais quoi de dur et de cruel de son époux.

Au pied du trône était la mort, pâle et dévorante, avec sa faux tranchante qu'elle aiguisait sans cesse. Autour d'elle volaient les noirs Soucis ; les cruelles Défiances ; les Vengeances toutes dé-

Pleine de vigueur.

Jam senior, sed cruda deo viridisque senecms.

Virgile, Enéide, v. 2o4- * Les repousse.

Alias animas. . .

Deturhat simul accipit alveo

Ingentem jEneam. . . Ibid. vie livre, v. 41 i-4ï3.

3 Pluton, voy. n° 6, descente aux enfers, note 15.

4 Tous les attributs de ce dieu étaient noirs et sombres; i 'ébèue fournit naturellement la matière de son trône.

' Ont accoutumé de. Ce tour a un peu vieilli : on dit aujourd'hui : on* coutume de ; sont accoutumés à.

6 Proserpine, Glle de Cérès, femme de Pluton, qui l'eDleva dans les plaines d'Enna en Sicile, pendant qu'elle cueillait des fleurs avec ses compagnes. t

gouttantes de sang et couvertes de plaies; les Haines injustes ; l'Avarice qui se ronge elle-même; le Désespoir qui se déchire de ses propres mains; r Ambition forcenée qui renverse tout; la Trahison qui veut se repaître de sang, et qui ne peut jouir des maux qu'elle a faits; l'Envie qui verse son venin mortel autour d'elle, et qui se tourne en rage, dans l'impuissance où elle est de nuire; l'Impiété qui se creuse elle-même un abîme sans fond, où elle se précipite sans espérance 1 ; les Spectres hideux, les Fantômes qui représentent les morts pour épouvanter les vivants ■ ; les Songes affreux ; les Insomnies aussi cruelles que les tristes Songes. Toutes ces images funestes environnaient le lier Pluton, et remplissaient le palais où il habite. (Télémaque, 1. xvin.)

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