‹ Morceaux choisisChapitre 113 sur 530 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

[Le prologue débute par une description de l'Amérique du Nord et du principal de ses fleuves, le Mississipi ou Meschacebé.]

Le Meschacebé.

Ce fleuve, dans un cours de plus de mille lieues, arrose une délicieuse contrée, que les habitants des Etats-Unis appelent le Nouvel Eden et à laquelle les Français ont laissé le doux nom de Louisiane1, Mille autres fleuves, tributaires du Meschacebé, le Missouri, i'illinois, l'Akanza, l'Ohio, le Wabache, le Tenase, l'engraissent de leur limon et la fertilisent de leurs eaux. Quand tous ces fleuves se sont gonflés des déluges de l'hiver, quand les tempêtes ont abattu des pans entiers de forêts, les arbres déracinés s'assemblent sur les sources. Bientôt la vase les cimente, les lianes les enchaînent, et des plantes y prenant racine de toutes parts, achèvent de consolider ces débris. Charriés par les vagues écumantes, ils descendent au Meschacebé : le fleuve s'en empare, les pousse au golfe Mexicain2, les échoue sur des bancs de sable, et accroît ainsi le nombre de ses embouchures. Par intervalle, il élève sa voix en passant sur les monts et répand ses eaux débordées autour des colonnades des forêts et des pyramides des tombeaux indiens3 : c'est le Nil des déserts4. Mais la grâce est toujours unie à la magnificence dans les scènes de la nature : tandis que le courant du milieu entraîne vers la mer les cadavres des pins et des chênes, on voit, sur les deux courants latéraux, remonter, le long des rivages5, des îles flottantes de pistia et de nénuphar6, dont les roses jaunes s'élèvent corn-

1 . Louisiane, nom donné à cette région, en l'honneur de Louis XI V, par Ga velier de la Salle qui l'explora en 1682.

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