‹ Morceaux choisisChapitre 114 sur 530 · Tout ce début est majes · texte numérisé non relu

Tout ce début est majes

tueux, imposant: la résonnance du style exprime le grondement du fleuve.

5. Rivages, parce que le fleuve ressemble à une mer (c'est d'ailleurs le mot propre pour désigner les rives d'un grand fleuve).

6. Plantes aquatiques à larges feuilles surmontées de fleurs»

CHATEAUBRIAND

me de petits pavillons. Des serpents verts, des hérons bleus, des flammants roses, de jeunes crocodiles s'embarquent passagers sur ces vaisseaux de fleurs, et la colonie, déployant au vent ses voiles d'or, va aborder, endormie, dans quelque anse retirée du fleuve K

Les deux rives du Meschacebé présentent le tableau le plus extraordinaire. Sur le bord occidental, des savanes2 se déroulent à perte de vue ; leurs flots de verdure, en s'éloignant, semblent monter dans l'azur du ciel où ils s'évanouissent. On voit dans ces prairies sans bornes errer à l'aventure des troupeaux de trois ou quatre mille buffles sauvages. Quelquefois, un bison chargé d'années, fendant les flots à la nage, se vient3 coucher, parmi de hautes herbes, dans une île du Meschacebé. A son front orné de deux croissants,, à sa barbe antique et limoneuse, vous le prendriez pour le dieu du fleuve, qui jette un œil satisfait sur la grandeur de ses ondes et la sauvage abondance de ses rives 4.

Telle est la scène sur le bord occidental ; mais elle change sur le bord opposé et forme avec la première un admirable contraste5. Suspendus sur le cours des eaux, groupés sur les rochers et sur les montagnes, dispersés dans les vallées, des arbres de toutes les formes, de toutes les couleurs, de tous les parfums se mêlent, croissent ensemble, montent dans les airs à des hauteurs qui fatiguent les regards. Les vignes sauvages, les bignonias6, les coloquintes7, s'entrelacent au pied de ces arbres, escaladent leurs rameaux, grimpent à l'extrémité des branches, s'élancent de l'érable au

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