Arbuste riche en matière colorante
7. Nom général désignant les pois, haricots et autres variétés delégumineuses. Remarquez cette énumération de plantes et, plus bas, d'animaux du pays.
Il y a un peu d'affectation dans cet étalage de couleur locale ici comme ailleurs.
« Etudier ce jugement de Sainte-Beuve sur Atala :
Je veux bien qu'on soit exact en fait de couleur locale et même je le désire ; mais il faut qu'alors le narrateur, surtout si c'est une aventure de sentiment et de passion qu'il nous raconte, soit exact d'un air naturel, sans paraître y viser et sans se piquer de trop faire attention à des horsd'œuvre ; il faut qu'il nous donne ces détails accessoires comme involontai-
ATALA
blait autour de nous, et à chaque instant nous étions près d'être engloutis dans des fondrières. Des insectes sans nombre, d'énormes chauves-souris nous aveuglaient; les serpents à sonnettes bruissaient de toutes parts ; et les loups, les ours, les carcajous1, les petits tigres, qui venaient se cacher dans ces retraites, les remplissaient de leurs rugissements.
Cependant l'obscurité redouble2 : les nuages abaissés entrent sous l'ombrage des bois. La nue se déchire, et l'éclair trace un rapide losange de feu. Un vent impétueux, sorti du couchant, roule les nuages sur les nuages ; les forêts plient; le ciel s'ouvre coup sur coup; et, à travers ces crevasses, on aperçoit de nouveaux cieux et des campagnes ardentes. Quel affreux, quel magnifique spectacle! La foudre met le feu dans les bois ; l'incendie s'étend comme une chevelure de flamme ; des colonnes d'étincelles et de fumée assiègent les nues, qui vomissent leurs foudres dans le vaste embrasement3. Alors le Grand -Esprit 4 couvre les montagnes d'épaisses ténèbres; du milieu de ce vaste chaos s'élève un mugissement confus formé par le fracas des vents, le gémissement des arbres, le hurlement des bêtes féroces, le bourdonnement5 de l'incendie, et la chute répétée du tonnerre qui siffle6 en s'é teignant dans les eaux.
rement, comme étant plein de ses souvenirs et de tout ce qui s'y rattache, et non pas qu'il ailla choisir exprès dans ces mêmes souvenirs et dans leur expression je ne sais quoi, qui nous étonne, qui nous déconcerte, et qui ressemble toujours à une niche d'auteur qu'il nous fait.
1. Quadrupède de l'Amérique du Nord que Chateaubriand décrit en ces termes dans le Voyage en Amérique :
Le carcajou est une espèce de chal;tigre ou de grand chat. La manière dont il chasse l'orignal avec ses alliés les renards est célèbre. Il monte sur un arbre, se couche à plat sur une branche abaissée et s'enveloppe d'une queue touffue qui fait trois fois le tour de son corps. Bientôt on entend des glapissements lointains et l'on voit paraître un orignal rabattu par trois renards qui manœuvrent de manière à le diriger vers l'embuscade du carcajou. Au moment où la bête lancée passe sous l'arbre fatal, le carcajou tombe sur elle, lui serre le cou avec sa
queue et cherche à lui couper avec ses dents la veine jugulaire.
2. Voici le commencement de la tempête et de l'orage. Le style haché peint la rapidité de l'ouragan et des phénomènes atmosphériques se déchaînant sans interruption.
3. Ce n'est pas Chactas, à proprement parler, qui raconte ceci.
Chateaubriand se substitue à ses personnages dont la langue est souvent trop littéraire, trop poétique pour leur condition et leur situation.