‹ Morceaux choisisChapitre 124 sur 530 · Remarquer ici l'abondance des mots en ment · texte numérisé non relu

Remarquer ici l'abondance des mots en ment

* Comparer le même procédé à la fin du fragment Le Meschacebé, cité dans « Prologue».

6. * Etudier les effets produits dans ce passage par remploi du présent, de l'imparfait, du passe. Cf. Ciiouzet..., Gr. Fr., §§ 252 et 257, n. 5.

[Chactas et Atala surpris par cette violente tempête essaient de s'abriter contre les torrents de la pluie. Atala raconte qu'elle n'est pas la fille d'un Indien, mais d'un Espagnol nommé Lopez. Or, ce Lopez a été jadis le bienfaiteur de Chactas. Celui-ci est éperdu de bonheur à cette révélation. Tout à coup une cloche se fait entendre, un chien aboie. Survient un missionnaire portant une petite lanterne. Atala, qui est chrétienne, se jette aux pieds de l'ermite qui les emmène tous les deux se réchauffer dans sa grotte.]

Les Laboureurs.

La grotte du Père Aubry.

Les nuages furent bientôt assez dispersés pour nous permettre de quitter notre retraite. Nous sortîmes de la forêt, et nous commençâmes à gravir le revers d'une haute montagne. Le chien marchait devant nous en portant au bout d'un bâton la lanterne éteinte. Je tenais la main d'Atala, et nous suivions le missionnaire. Il se détournait souvent pour nous regarder, contemplant avec pitié nos malheurs et notre jeunesse. Un livre était suspendu à son cou ; il s'appuyait sur un bâton blanc. Sa taille était élevée, sa ligure pâle et maigre, sa physionomie simple et sincère. Il n'avait pas les traits morts et effacés de l'homme né sans passions ; on voyait que ses jours avaient été mauvais, et les rides de son front montraient les belles cicatrices des passions guéries par la vertu et par l'amour de Dieu et des hommes l. Quand il nous parlait debout et immobile, sa longue barbe, ses yeux modestement baissés, le son affectueux de sa voix, tout en lui avait quelque chose de calme et de sublime2. Quiconque a vu, comme moi, le père Aubry cheminant seul avec son bâton et son bréviaire dans le désert, a une véritable idée du voyageur chrétien sur la terre3.

Après une demi-heure d'une marche dangereuse par les sentiers de la montagne, nous arrivâmes à la grotte du mis-

1. Le père Aubry a souffert de la vie. Chateaubriand montre ainsi la puissance d'une religion qui permet à l'âme de dominer ses passions.

2. Que la longue barbe ait quelque chose de « calme et de sublime », voilà une de ces réflexions qui firent sourire les adversaires de Chateaubriand

et qu'ils ne manquèrent pas de relever. Chateaubriand dans la première édition avait écrit sur le nez du père et sa longue barbe qu'ils avaient « quelque chose d'aspirant à la tombe par leur direction naturelle vers la terre ». Il lit bien de supprimer.

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