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L'imagination de Chateaubriand se plaît à évoquer les cé

ATALA

L'aurore, paraissant derrière les montagnes, enflammait l'orient. Tout était d'or ou de rose dans la solitude1. L'astre annoncé par tant de splendeur sortit enfin d'un abîme de lumière, et son premier rayon rencontra l'hostie consacrée, que le prêtre en ce moment même élevait dans les airs2. O charme de la religion ! O magnificence du culte chrétien ! Pour sacrificateur un vieil ermite, pour autel un rocher, pour église le désert, pour assistance d'innocents sauvages ! Non, je ne doute point qu'au moment où nous nous prosternâmes le grand mystère ne s'accomplit et que Dieu ne descendit sur la terre, car je le sentis descendre dans mon cœur3.

Après le sacrifice, où il ne manqua pour moi que la fille de Lopez4, nous nous rendîmes au village. Là régnait le mélange le plus touchant ae la vie sociale et de la vie de la nature : au coin d'une cyprière de l'antique désert on découvrait une culture naissante ; les épis roulaient à flots d'or sur le tronc du chêne abattu, et la gerbe d'un été remplaçait l'arbre de trois siècles. Partout on voyait les forêts livrées aux flammes pousser de grosses fumées dans les airs, et la charrue se promener lentement entre les débris de leurs racines &. Des arpenteurs avec de longues chaînes allaient mesurant6 le terrain; des arbitres établissaient les premières propriétés : l'oiseau cédait son nid ; le repaire de la bête féroce se changeait en une cabane ; on entendait gronder des forges, et les coups de la cognée faisaient pour la dernière fois mugir des échos, expirant eux-mêmes avec les arbres qui leur servaient d'asile.

J'errais avec ravissement au milieu de ces tableaux, rendus plus doux par l'image d'Atala et par les rêves de félicité dont

rémonies du christianisme primitif, les messes en plein air au milieu des bois. Remarquer le mot mystère. Le divin mystère de la messe est en effet un mystère pour Chactas.

1. Sur le lever de l'aurore dans la savane, voir, plus bas, les Funérailles d'Atala, p. 156.

2. Chateaubriand éprouve le besoin de poétiser ce qui est déjà poétique. Cf. le même procédédans le Génie du Christianisme.

{Deux perspectives de la nature, p. 100) où le soleil, la lune et la trombe forment le décor de la

Erière du soir. Un peu de fauxrillant.

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