‹ Morceaux choisisChapitre 128 sur 530 · Il s'agit d'Atala (voir l'analyse plus haut · texte numérisé non relu

Il s'agit d'Atala (voir l'analyse plus haut

5. Il semble qu'on assiste ici à l'origine de l'humanité et aux premiers travaux des champs.

Cf. Lamartine : Jocelyn, le passage des Laboureurs (même titre qu'ici) et l'hymne au travail, au premier travail, le labourage.

6. Tour classique. On disait au d7e siècle : Les plaisirs me vont décevant.

CHATEAUBRIAND

je berçais mon cœur. J'admirais le triomphe du christianisme sur la vie sauvage ; je voyais l'Indien se civilisant à la voix de la religion ; j'assistais aux noces primitives de l'homme et de la terre : l'homme, par ce grand contrat, abandonnant à la terre l'héritage de ses sueurs, et la terre s'engageant en retour à porter fidèlement les moissons, les fils et les cendres de l'homme K

Le Drame.

[Le père Aubry et Chactas, en revenant de la mission, trouvent Atala mourante. Elle leur raconte le secret de sa vie et de sa mort. Sa mère avait promis à Dieu la virginité de sa fille encore au berceau, et avait fait jurer à celle-ci, devenue grande, de tenir le vœu par lequel elle s'était engagée. Atala, pour consoler lés derniers instants de sa mère mourante, avait promis de faire tout ce qui lui était demandé. Il ne lui semblait pas d'ailleurs qu'elle fit un bien gros sacrifice. Mais Chactas est venu et elle l'a aimé, et depuis qu'elle Ta connu, elle a souffert de sentir entre elle et lui une barrière invincible. Le père Aubry essaie de rassurer Atala : l'évêque de Québec la relèvera aisément d'un vœu dont son imagination s'est alarmée. En entendant ces mots, Atala donne les signes d'une profonde douleur ; elle ignorait qu'elle pût être relevée de son vœu. Aussi, la nuit précédente, pendant l'orage, craignant de succomber à son amour pour Chactas, elle s'est empoisonnée. C'est en vain que le père Aubry tente l'impossible pour la sauver.]

Mort d'Atala.

Vers le soir, des symptômes effrayants se manifestèrent ; un engourdissement général saisit les membres d'Atala, et les extrémités de son corps commencèrent à refroidir2 : « Touche mes doigts, me disait-elle : ne les trouves-tu pas bien glacés? » Je ne savais que répondre, et mes cheveux se hérissaient d'horreur; ensuite elle ajoutait : « Hier encore, mon bien-aimé, ton seul toucher me faisait tressaillir, et

1. Vision grandiose et symbolique ; le symbolisme sera un des caractères du romantisme. (La Terre ici est personnifiée.)

* Comparer le symbolisme des Laboureurs chez Lamartine.Mar-

querles ressemblances et les différences.

2. Refroidir pour se refroidir, on a vu déjà maint exemple de cette prédilection de l'auteur pour le verbe intransitif au lieu du réfléchi.

ATALA

voilà que je ne sens plus ta main, je n'entends presque plus ta voix, les objets de la grotte disparaissent tour à tour. Ne sont-ce pas les oiseaux qui chantent? Le soleil doit être près de se coucher maintenant; Chactas, ses rayons seront bien beaux au désert, sur ma tombe1! »

Atala, s'apercevant que ces paroles nous faisaient fondre en pleurs, nous dit : « Pardonnez-moi, mes bons amis ; je suis bien faible, mais peut-être que je vais devenir plus forte2. Cependant mourir si jeune, tout à la fois, quand mon mon cœur était si plein de vie! Chef de la prière, aie pitié de moi; soutiens-moi. Crois-tu que ma mère soit contente et que Dieu me pardonne ce que j'ai fait3?

« — Ma fille», répondit le bon religieux en versant des larmes4 et les essuyant avecses doigts tremblants et mutilés5,«ma lille, tous vos malheurs viennent de votre ignorance; c'est votre éducation sauvage et le manque d'instruction nécessaire qui vous ont perdue ; vous ne saviez pas qu'une chrétienne ne peut disposer de sa vie. Consolez-vous donc, ma chère brebis; Dieu vous pardonnera à cause de la simplicité de votre cœur. Votre mère et l'imprudent missionnaire qui la dirigeait ont été plus coupables que vous ; ils ont passé6 leurs pouvoirs en vous arrachant un vœu indiscret; mais que la paix du Seigneur soit avec eux! Vous offrez tous trois un terrible exemple des dangers de l'enthousiasme et du défaut de lumière en matière de religion. Rassurez-vous, mon enfant : celui qui sonde les reins et les cœurs vous

1. Cette plainte d'Atala est touchante et, dans sa douceur même, très pathétique, bien qu'il y ait un peu d'affectation dans cet effet de lumière et dans cette perspective funèbre que se ligure Atala.

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