‹ Morceaux choisisChapitre 148 sur 530 · Détendues veut dire que · texte numérisé non relu

Détendues veut dire que

les tentures étaient enlevées.

3. * Comparez dans Lamartine Milly ou la terre natale et, particulièrement, le passage qui commence ainsi :

La vie a dispersé, comme l'épi sur l'aire, Loin du champ paternel les enfants et la mère, Et ce foyer chéri ressemble aux nids déserts D'où l'hirondelle a fui pendant de longs hivers. Déjà l'herbe qui croît sur les dalles antiques Efface autour des murs les sentiers domestiques, Et le lierre, flottant comme un manteau de deuil, Couvre à demi la porte et rampe sur le seuil.

Mais chez Lamartine le sentiment est plus réel que chez Chateaubriand qui ne goûta que médiocrement les charmes de la vie de famille.

4. C'est le procédé d'antithèse déjà signalé, entre la nature et l'humanité.

5. Plusieurs détails, ici, ne s'appliquent plus à Chateaubriand. Dans l'ensemble, la scène est inventée et ce qu'elle a de dramatique est imaginé. Chateaubriand, après avoir quitté Combourg, y revint trois fois, la première après la mort de son père, une autre pour accompagner sa mère, une troisième en

allant s'embarquer pour l'Amérique. Sur ce dernier voyage il dit simplement dans ses Mémoires (Première partie, Livre III):

Le château était abandonné, je fus obligé de descendre chez le régisseur.

Lorsque, en errant dans le grand Mail, j'aperçus du fond d'une allée obscure le perron désert, la porte et les fenêtres fermées, je me trouvai mal. Je regagnai avec peine le village ; j'envoyai chercher mes chevaux et je partis au milieu de la nuit.

On voit comment son imagination a tiré d'un fait réel un épisode fort dramatique et très poignant.

RENÉ

[René arrive au couvent, mais sa sœur ne peut le recevoir : elle va prononcer ses vœux. Nous assistons à une scène, assez mélodramatique, de prise de voile. Amélie s'évanouit, René s'enfuit et prend passage sur un navire qui doit le conduire en Amérique. Au moment où il s'embarque, il entend tinter la cloche d'alarme dans le monastère où est sa sœur. L'Océan est déchaîné, la tempête fait rage. René quitte l'Europe au milieu de la fureur des éléments. En arrivant en Amérique, il apprend 'la mort d'Amélie.]

René et le Génie du Christianisme.

[René est une œuvre d'art d'une très grande beauté, mais l'impression en est désolante et troublante, et l'on sait assez quelle singulière postérité nous valut le récit de ce désenchanté1. Il peut donc sembler étonnant que cette œuvre dût, en principe, faire partie du Génie. Mais le lien entre les deux œuvres apparaît dans les dernières pages où le missionnaire, le père Souël, dégage la «moralité» du récit de René :]

« Rien, dit-il au frère d'Amélie, rien ne mérite dans cette histoire la pitié qu'on vous montre ici2. Je vois un jeune homme entêté de chimères, à qui tout déplaît et qui s'est soustrait aux charges de la société pour se livrer à d'inutiles rêveries. On n'est point, Monsieur3, un homme supérieur parce qu'on aperçoit le monde sous un jour odieux. On ne hait les hommes et la vie que faute de voir assez loin4. Etendez un peu plus votre regard, et vous serez bientôt convaincu que tous ces maux dont vous vous plaignez sont de purs néants. .... Que faites-vous seul au fond des forêts où vous consumez vos jours, négligeant tous vos devoirs ? Des saints, me direz-vous, se sont ensevelis dans les déserts. Ils y étaient avec leurs larmes, et employaient à éteindre

1 . Le héros romantique, l'homme fatal du théâtre de Hugo, Hernani,Ruv Blas, «VEnfant du siècle» de Musset, sont les fils de René.

2. Allusion à Chactas qui, la confession terminée, a pressé René dans ses bras en pleurant et en lui disant :

Mon enfant, je voudrais que le père Aubry fût ici ; il tirait du fond de son cœur je ne sais quelle paix qui, en les calmant, ne semblait cependant point étrangère aux tempêtes ; c'était la lune dans une nuit orageuse. Les

nuages errants ne peuvent l'emporter dans leur course ; pure et inaltérable, elle s'avance tranquille au-dessus d'eux.

3. Monsieur : le terme est dédaigneux ici et impérieux ; le père Souël est d'autant plus inflexible que Chactas s'est montré plus sensible.

4. Ce sont là de belles et fortes paroles, mais elles sont un peu tardives. L'événement n'a que trop prouvé que la jeunesse romantique fut plus séduite par la confession de René que par le sermon du père Souël.

CHATEAUBRIAND

leurs passions le temps que vous perdez peut-être à allumer les vôtres1. Jeune présomptueux qui avez cru que l'homme se peut suffire à lui-même2, la solitude est mauvaise à celui qui n'y vit pas avec Dieu3; elle redouble les puissances de l'âme en même temps qu'elle leur ôte tout sujet pour s'exercer4. Quiconque a reçu des forces doit les consacrer au service de ses semblables : s'il les laisse inutiles, il en est d'abord puni par une secrète misère, et tôt ou tard le ciel lui envoie un châtiment effroyable5. »

Troublé par ces paroles, René releva du sein de Ghactas sa tête humiliée. Le Sachem aveugle se prit à sourire, et ce sourire de la bouche, qui ne se mariait plus à celui des yeux, avait quelque chose de mystérieux et de céleste. « Mon fils, dit le vieil amant d'Atala, il nous parle sévèrement ; il corrige et le vieillard et le jeune homme, et il a raison6. Oui, il faut que tu renonces à cette vie extraordinaire qui n'est pleine que de soucis ; il n'y a de bonheur que dans les voies communes.

« Un jour le Meschacebé7, encore assez près de sa source, se lassa de n'être qu'un limpide ruisseau. Il demande des neiges aux montagnes, des eaux aux torrents, des pluies aux tempêtes, il franchit ses rives, et désole ses bords charmants. L'orgueilleux ruisseau s'applaudit d'abord de sa puissance ; mais, voyant que tout devenait désert sur son passage, qu'il coulait abandonné dans la solitude, que ses eaux étaient toujours troublées, il regretta l'humble lit que lui avaient creusé la nature, les oiseaux, les fleurs, les arbres et les ruisseaux, jadis modestes compagnons de son paisible cours. »

1. Très exact, René savoure encore ses misères en les racontant; il s'y complaît non sans volupté.

% Règle : Il se faut entr'aider, p. 39, n. 2.

3. Excellente condamnation de la solitude : on dirait une phrase de V Imitation.

4. Pour s'exercer = pour qu'elles s'exercent. Tour du 17e siècle (très fréquent dans Chateau-

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