‹ Morceaux choisisChapitre 147 sur 530 · Violier, autre nom de la giroflée · texte numérisé non relu

Violier, autre nom de la giroflée

3. Amélie, elle aussi, a voulu chercher des pleurs et des souvenirs. C'est bien un trait de l'âme romantique que cette recherche de l'émotion. Dans la Nuit de Mai, la Muse dit à Musset :

D'où Yont venir les pleurs que nous [allons verser ?

CHATEAUBRIAND

Couvrant un moment mes yeux de mon mouchoir, j'entrai sous le toit de mes ancêtres. Je parcourus les appartements sonores où l'on n'entendait que le bruit de mes pas. Les chambres étaient à peine éclairées par la faible lumière qui pénétrait entre les volets fermés : je visitai celle où ma mère avait perdu la vie en me mettant au monde1, celle où se retirait mon père, celle où j'avais dormi dans mon berceau, celle enfin où l'amitié avait reçu mes premiers vœux dans le sein d'une sœur. Partout les salles étaient détendues2, et l'araignée filait sa toile dans les couches abandonnées. Je sortis précipitamment de ces lieux, je m'en éloignai à grands pas, sans oser tourner la tête. Qu'ils sont doux, mais qu'ils sont rapides, les moments que les frères et les sœurs passent dans leurs jeunes années, réunis sous l'aile de leurs vieux parents ! La famille de l'homme n'est que d'un jour, le souffle de Dieu la disperse comme une fumée3. A peine le fils connaît-il le père, le père le fils, le frère la sœur, la sœur le frère ! Le chêne voit germer ses glands autour de lui. Il n'en est pas ainsi4 des enfants des hommes5.

1. Ici, ce n'est plus l'histoire de Chateaubriand qui naquit à St-Malo et ne coûta point la vie à sa mère.

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