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Portici, au pied du Vésuve

Caprêe, île du golfe de Naples (ancien séjour de Tibère). Ischia, autre île du ^olfe, rendue célèbre par les poésies de Lamartine.

Le Pausilippe, colline près de Naples, où se trouve, d'après la tradition, le tombeau de Virgile.

Sur cette région, cf. Lamartine :

Milly ou laterre natale (le début).

Voici quelques vers :

J'ai vu des cieux d'azur, où la nuit est sans voiles, Dorés jusqu'au matin sous les pieds des étoiles, Arrondir sur mon front, dans leur arc infini, Leur dôme de cristal qu'aucun vent n'a terni ; J'ai vu des monts voilés de citrons et d'olives Réfléchir dans les eaux leurs ombres fugitives, Et dans leurs frais vallons, au souffle du zéphyr, Bercer sur l'épi mûr le cep prêt à mûrir ; Sur des bords où les mers ont à peine un murmure, J'ai vu des flots brillants l'onduleuse ceinture Presser et relâcher dans l'azur de ses plis De leurs caps dentelés les contours assouplis, S'étendre dans le golfe en nappes de lumière, Blanchir l'écueil fumant de gerbes de poussière, Porter dans le lointain d'un occident vermeil

Des îles qui semblaient le lit d'or du soleil

J'ai visité ces bords et ce divin asile Qu'a choisis pour dormir l'ombre du doux Virgile, Ces champs que la Sibylle à ses yeux déroula, Et Cume et l'Elysée : et mon cœur n'est pas là.

CHATEAUBRIAND

Ischia, le Pausilippe, la mer parsemée des voiles blanches des pêcheurs et la côte du golfe de Naples, bordée d'orangers : c'est le paradis vu de l'enfer1.

Je touche au pied du cône, nous quittons nos mules, mon guide me donne un long bâton, et nous commençons à gravir l'énorme monceau de cendres. Les nuages se referment, le brouillard s'épaissit et l'obscurité redouble.

Me voilà au haut du Vésuve2, écrivant assis à la bouche du volcan, et prêt à descendre au fond de son cratère

La couleur générale du gouffre est celle d'un charbon éteint. Mais la nature sait répandre des grâces jusque sur les objets les plus horribles : la lave en quelques endroits est pleine d'azur, d'outremer, de jaune et d'orangé3. Des blocs de granit, tourmentés et tordus par l'action du feu, se sont recourbés à leurs extrémités, comme des palmes et des feuilles d'acanthe4. La matière volcanique, refroidie sur les rocs vifs autour desquels elle a coulé, forme ça et là des rosaces, des girandoles5, des rubans ; elle affecte aussi des ligures de plantes et d'animaux, et imite les dessins variés que l'on découvre dans les agates. J'ai remarqué sur un rocher bleuâtre un cygne de lave blanche parfaitement modelé; vous eussiez juré voir ce bel oiseau dormant sur une eau paisible, la tête cachée sous son aile, et son long cou allongé sur son dos comme un rouleau de soie6 :

Ad vada Meandri Concinit albus olor?.

Je retrouve ici ce silence absolu que j'ai observé autrefois, à midi, dans les forêts de l'Amérique8, lorsque, retenant

1. Goût de l'antithèse ; mais ici c'est bien de circonstance.

2. Chateaubriand aime cette attitude : se trouver seul au haut d'une montagne, surtout si cette montagne est un volcan. Se reporter à René où il décrit le « j eune homme plein de passions »

assis à la bouche d'un volcan, p. 165.

3. Impressions de peintre avec des mots techniques (Voutremer désigne une couleur bleu d'az ur)- Bernardin de Saint-Pierre avait déjà orienté dans ce sens la littérature descriptive. — Remarquer ici encore une antithèse.

4. Vacanthe est une fort belle plante du midi dont la feuille a fourni le motif de décora-

tion des chapiteaux corinthiens.

5. Mot d'origine italienne. Désigne au sens propre des pièces d'artifice groupées en forme de cône, puis par extension des candélabres bas à plusieurs branches qu'on plaçait au 18e siècle devant les glaces.

6. Chateaubriand aime à décrire les poses plastiques des animaux et surtout des oiseaux (Cf.

Migration des oiseaux dans le Génie du Christianisme, p. 98).

7. « Près des eaux du Méandre chante le cygne blanc» (Ovide, Hêroïdes). Chateaubriand, dans ses récits de voyages, multiplie volontiers les souvenirs classiques avec les antithèses.

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