Cf. ces vers de Hugo, pour la chute finale
La mélodie encor quelques instants se [traîne
Sous les arbres bleuis par la lune ser ei ne Puis tremble, puis expire et la voix [qui chantait S'éteint comme un oiseau se pose. Tout (Eviradnus.) [se tait.
2. Ces quelques lignes rappellent la grande manière descriptive de Chateaubriand. Il faut les étudier comme on a fait plus haut pour les passages sur les nuits d'Amérique,
3. Voici la plus belle partie de tout le voyage en Italie, celle où Chateaubriand décrit en artiste, en poète, en peintre, en historien, la tristesse mais aussi la beauté de la campagne romaine et des ruines de Home. On trouvera plus loin (Quatrième période: Vie politique) ses impressions sur la Rome moderne.
Voir aussi, pour la Rome historique, certaines pages des Martyrs. — Sur Fontanes, cf. p. 86.
4. « Deux choses te viendront dans un seul jour : stérilité et veuvage. » (Isaïe).
CHATEAUBRIAND
l'hiver : ces traces, vues de loin, ont elles-mêmes Pair de grands chemins battus et fréquentés, et elles ne sont que le lit désert d'une onde orageuse qui s'est écoulée comme le peuple romain1. A peine découvrez-vous quelques arbres, mais partout s'élèvent des ruines d'aqueducs et de tombeaux3, ruines qui semblent être les forêts et les plantes indigènes d'une terre composée de la poussière des morts et des débris des empires3. Souvent dans une grande plaine j'ai cru voir de riches moissons ; je m'en approchais : des herbes flétries avaient trompé mon œil. Parfois sous ces moissons stériles vous distinguez les traces d'une ancienne culture. Point d'oiseaux, point de laboureurs, point de mouvements champêtres, point de mugissements de troupeaux, point de villages. Un petit nombre de fermes délabrées se montrent sur la nudité des champs ; les fenêtres et les portes en sont fermées ; il n'en sort ni fumée, ni bruit, ni habitants4. Une espèce de sauvage, presque nu, pâle et miné par la lièvre, garde ces tristes chaumières, comme les spectres qui, dans nos histoires gothiques, défendent rentrée des châteaux abandonnés5. Enfin, l'on dirait qu'aucune nation n'a osé succéder aux maîtres du monde dans leur terre natale, et que ces champs sont tels que les a laissés le soc de Gincinnatus ou la dernière charrue romaine6.
C'est du milieu de ce terrain inculte, que domine et qu'attriste encore un monument appelé par la voix populaire le