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Toujours l'antithèse qui ne répond a rien de réel

4. Voilà l'explication du mystère. Chateaubriand qui aimait Rousseau lorsqu'il écrivait l'Essai, ne l'aime plus depuis le Génie ; il critique donc ici tout ce que Rousseau admirait dans les Alpes.

5. Chateaubriand tient-il donc tant à! 'animation des paysages? Il semble qu'il a pourtant assez bien senti, par ailleurs, la beauté de certaines solitudes. (Voir sa Lettre à M. de Fontanes sur la campagne romaine, p. 185).

LE VOYAGE AU MONT-BLANC

qui frappe vos yeux. Heureux quand le pivert, annonçant l'orage, fait retentir sa voix cassée au fond d'un vieux bois de sapins ! Et pourtant ce triste signe de vie rend plus sensible la mort qui nous environne1. Les chamois, les bouquetins, les lapins blancs sont presque entièrement détruits; les marmottes mêmes deviennent rares et le petit savoyard est menacé de perdre son trésor. Les bêtes sauvages ont été remplacées sur les sommets des Alpes par des troupeaux de vaches qui regrettent la plaine aussi bien que leurs maîtres2. Couchés dans les herbages du pays de Caux, ces troupeaux offriraient une scène aussi belle et ils auraient en outre le mérite de rappeler les descriptions des poètes de l'antiquité 3.

Il ne reste plus qu'à parler du sentiment qu'on éprouve dans les montagnes. Eh bien, ce sentiment, selon moi, est fort pénible. Je ne puis être heureux là où je vois partout les fatigues de l'homme et ses travaux inouïs qu'une terre ingrate refuse de payer4. Le montagnard, qui sent son mal, est plus sincère que les voyageurs : il appelle la plaine le bon pays et ne prétend pas que des rochers arrosés de ses sueurs5, sans en être plus fertiles, soient ce qu'il y a de meilleur dans les distributions de

1. Telle n'est pas l'impression de tous ceux qui ont étudié la montagne. Ces lignes de Taine, écrites en face des Pyrénées, sont une réfutation de Chateau-

Bien n'est mort, et là-dessus nos organes impuissants nous trompent ; ces squelettes de montagnes nous semblés inertes parce que nos yeux sont habitués à la mobile végétation des plaines ; mais la nature est éternellement vivante, et ses forces combattent dans ces sépulcres de granit et de neige, autant que dans les fourmilières humaines ou dans lès plus florissantes forêts. Chaque parcelle de roc presse ou supporte ses voisines ; leur immobilité apparente est un équilibre d'efforts; tout lutte et travaille; rien n'est calme et rien n'est uniforme.

Ces blocs que l'œil juge massifs sont des réseaux d'atomes immensément éloignés, sollicités d'attractions innombrables et contraires, labyrinthes invisibles où s'élaborent des transformations incessantes, où des fluides

foudroyants circulent, où fermente la vie minérale, aussi active et plus grandiose que les autres. ( Voyage aux Pyrénées ).

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