‹ Morceaux choisisChapitre 168 sur 530 · Nous disons aujourd'hui Chamonix · texte numérisé non relu

Nous disons aujourd'hui Chamonix

2. Comparer le début du Voyage en Italie. Chateaubriand est paradoxal. Si les montagnes paraissent à distance, moins grandes qu'on ne se l'imaginait, elles reprennent leur grandeur lorsqu'on y pénètre.

3. Ce n'est pas très exact non plus. Le détail n'est pas toujours rapetissé par la masse de la montagne. Il arrive même que l'extrême variété des détails, que l'œil ne saisissait pas tout d^abord et qu'il découvre progressivement, donne une im-

pression de grandeur et d'étendue.

4. Chateaubriand est trop préoccupé des antithèses, et il ne voit pas que celle qu'il établit ici est fausse. Lorsqu'on pénètre dans la montagne, on perd de vue la masse imposante de l'ensemble, et ce sont les détails qui s'agrandissent peu à peu, l'œil n'oppose pas la partie au tout.

5. Seconde partie du paradoxe. Après avoir refusé le grandiose aux montagnes, Chateaubriand leur refuse le gracieux*

CHATEAUBRIAND

retombe avec grand plaisir sur un peu de verdure et de végétation1. Mais en quoi cette verdure consiste-t-elle ? En quelques saules chétifs, en quelques sillons d'orge et d'avoine qui croissent péniblement et mûrissent tard, en quelques arbres sauvageons qui portent des fruits âpres et amers. Si une vigne végète péniblement dans un petit abri tourné au midi et garanti avec soin des vents du nord, on vous fait admirer cette fécondité extraordinaire. Vous élevez-vous sur les rochers voisins, les grands traits des monts font disparaître la miniature de la vallée. Les cabanes deviennent à peine visibles, et les compartiments cultivés ressemblent à des échantillons d'étoffes sur la carte d'un drapier2.

On parle beaucoup des fleurs des montagnes, des violettes que l'on cueille au bord des glaciers, des fraises qui rougissent dans la neige, etc. Ce sont d'imperceptibles merveilles qui ne produisent aucun effet : l'ornement est trop petit pour des colosses3.

Enfin je suis bien malheureux, car je n'ai pu voir dans ces fameux chalets enchantés par l'imagination de J.-J. Rousseau4 que de méchantes cabanes remplies du fumier des troupeaux, de l'odeur des fromages et du lait fermenté ; je n'y ai trouvé pour habitants que de misérables montagnards, qui se regardent comme en exil et aspirent à descendre dans la vallée.

De petits oiseaux muets, voletant de glaçons en glaçons, des couples assez rares de corbeaux et d'éperviers, animent à peine5 ces solitudes de neige et de pierre, où la chute de la pluie est presque toujours le seul mouvement

1. Quand ce - serait vrai, en quoi l'impression de grâce serait-elle diminuée? Mais Chateaubriand fait bon marché de ce qu'il appelle dédaigneusement « un peu de verdure ». La végétation des montagnes, et spécialement celle des Alpes, est fort agréable à l'œil et d'un vert à la fois très riche et très caressant.

2. Injuste. D'abord les parties cultivées produisent dans les plaines comme dans les montagnes cette impression d'échantillons d'étoftes. Et puis Chateaubriand oublie les grands pâturages des Alpes qui ne répondent pas du tout à cette défini-

tion : il faudrait distinguer les prés des champs.

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