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Mauvais style

CHATEAUBRIAND

la Providence1. S'il est très attaché à*sa montagne, cela tient aux relations merveilleuses que Dieu a établies entre nos peines, l'objet qui les cause et les lieux où nous les avons éprouvées2 ; cela tient aux souvenirs de l'enfance, aux premiers sentiments du cœur, aux douceurs et même aux rigueurs de la maison paternelle3. Plus solitaire que les autres hommes, plus sérieux par l'habitude de souffrir, le montagnard appuie davantage sur tous les sentiments de sa vie. Il ne faut pas attribuer aux charmes des lieux qu'il habile, l'amour extrême qu'il montre pour son pays : cet amour vient de la concentration de ses pensées et du peu d'étendue de ses besoins.

Mais les montagnes sont le séjour de la rêverie? J'en doute; je doute qu'on puisse rêver lorsque la promenade4 est une fatigue, lorsque l'attention que vous êtes obligé de donner à vos pas occupe entièrement votre esprit. L'amateur de la solitude qui bayerait aux chimères5 en gravissant le Montanvert6 pourrait bien tomber dans quelque

1. Le montagnard aime sa montagne autant que le marin aime son océan. Musset

est bien plus dans la vérité lorsqu'il apostrophe ainsi le Tyrol :

Salut, terre de glace, amante des nuages,

Terre d'hommes errants et de daims en voyages,

Terre sans oliviers, sans vigne et sans moissons.

Ils sucent un sein dur, mère, tes nourrissons ;

Mais ils t'aiment ainsi, sous la neige bleuâtre

De leurs lacs vaporeux, sous ce pâle soleil

Qui respecte les bras de leurs femmes d'albâtre,

Sous la ronce des champs qui mord leur pied vermeil.

. . . Qu'importe au fils de la montagne

Pour quel despote obscur envoyé d'Allemagne

L'homme de la prairie écorche le sillon ?

Ce n'est pas son métier de traîner la charrue :

Il couche sur la neige, il soupe quand il tue;

Il vit dans l'air du ciel qui n'appartient qu'à Dieu.

( La Coupe et les Lèvres.)

2. Mais cela est vrai pour tous les pays et n'est point particulier à la montagne et d'ailleurs ne prouve rien du tout contre le plaisir attaché précisément au souvenir des souffrances endurées.

3. Ceci encore n'est-il pas vrai pour tous ? Chateaubriand aimait Combourg malgré les rigueurs de la maison paternelle; Lamartine aimait Milly à cause des douceurs de la maison paternelle. Combourg et Milly sont

dans la plaine. En quoi le raisonnement vaut-il spécialement pour la montagne?

4. Encore un sophisme. On ne se promène pas toujours en montagne. Si l'on ne rêve pas en gravissant une cime, on rêve une fois qu'on est au sommet et qu'on peut s'y installer en sécurité. „

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