Expression de La Fontaine
6. Le Montançert , montagne faisant partie du massif du Mont-Blanc.
LE VOYAGE AU MONT-BLANC
puits comme l'astrologue qui prétendait lire au-dessus de sa tête et ne pouvait voir à ses piedsK
t. Toute cette discussion est un amas de sophismes. Pour discuter Rousseau , Chateaubriand lui emprunte, semble-t- Hj son goût habituel pour les paradoxes. Au reste, sur cette question très particulière de la montagne, Rousseau q vu plus juste que Chateaubriand.
* Opposer à tout ce passage la description suivante de la Nouvelle Héloïse :
Tantôt d'immenses roches pendaient en ruines au-dessus de ma tête. Tantôt de hautes et bruyantes cascades m'inondaient de leur épais brouillard.
Tantôt un torrent éternel ouvrait à mes côtés un abîme dont les yeux n'osaient sonder la profondeur. Quelquefois je me perdais dans l'obscurité d'un bois touffu. Quelquefois, en sortant d'un gouffre, une agréable prairie réjouissait tout à coup mes regards. Un mélange étonnant de la nature sauvage et de la nature cultivée montrait partout la main des hommes, où l'on eût cru qu'ils n'avaient jamais
pénétré ; à côté d'une caverne on trouvait des maisons ; on voyait des pampres secs ou l'on n'eût cherché que des ronces, des vignes dans des terres éboulées, d'excellents fruits sur des rochers et des champs dans des précipices. Ce n'était pas seulement le travail des hommes qui rendait ces pays étranges si bizarrement contrastés ; la nature semblait encore prendre plaisir à s'y mettre en opposition avec elle-même ; tant on la trouvait différente en un même lieu sous divers aspects 1 Au levant les fleurs du printemps, au midi les fruits de l'automne, au nord les glaces de l'hiver : elle réunissait toutes les saisons dans le même instant, tous les climats dans le même lieu, des terrains contraires sur le même sol, et formait l'accord, inconnu partout ailleurs, des productions des plaines et de celles des Alpes. Ajoutez à tout cela les illusions de l'optique, les pointes des monts différemment éclairées, le clair-obscur du soleil et des ombres et tous les accidents de lumière qui en résultaient le matin et le soir. .•■II. 23.)
L'ITINÉRAIRE DE PARIS A JÉRUSALEM
(Voyage fait en 1806. — Récit publié en 1811).
L'œuvre expliquée par Fauteur.
[Chateaubriand revint du Mont-Blanc avec son éternelle misère. 11 a raconté comment, en approchant de Lyon, il avait senti grandir en lui le désir de visiter la Terre Sainte et de s'en aller bien loin dans des pays inconnus :]
Retour à Lyon.
Mes années expirées ressuscitaient1 et m'environnaient comme une bande de fantômes; mes saisons brûlantes me revenaient dans leur flamme et leur tristesse2.. . Je n'étais plus aux lieux que j'habitais, je rêvais d'autres bords3. Quelque influence secrète me poussait aux régions de l'Aurore 4 où m'entraînait d'ailleurs le plan de mon nouveau travail et la voix religieuse qui me releva du vœu de la villageoise, ma nourrice5. Gomme toutes mes facultés
1. Cette évocation se passe au pied du fort l'Ecluse où Chateaubriand, parti de Genève, attendait pendant la nuit l'ouverture des portes pour continuer sa route vers Lyon.