‹ Morceaux choisisChapitre 177 sur 530 · Cette fin est très émue · texte numérisé non relu

Cette fin est très émue

Lucile avait été pour Chateaubriand la seule société de sa jeunesse. Sa mort l'atteignit aux sources de son âme.

C'était mon enfance au milieu

de ma famille, c'étaient les premiers vestiges de mon existence qui disparaissaient. Notre vie ressemble à ces bâtisses fragiles, étayées dans le ciel par des arcs-boutants : ils ne s'écroulent pas à la fois, mais se détachent successivement ; ils appuient encore quelque galerie, quand déjà ils manquent au sanctuaire ou au berceau de l'édifice.

5. Si l'on suivait scrupuleusement la date de publication des œuvres, il faudrait d'abord placer ici les Martyrs, qui parurent en 1809, mais il est plus logique de donner Sabord les impressions de voyage. On comprendra mieux les tableaux des Martyrs, après avoir lu les notes de voyage, d'où ils ont été tirés.

CHATEAUBRIAND

autre dessein : ce dessein, je l'ai rempli dans les Martyrs. J'allais chercher des images : voilà tout1.

Je n'ai pu voir Sparte, Athènes, Jérusalem, sans faire quelques réflexions. Ces réflexions ne pouvaient entrer dans le sujet d'une épopée, elles sont restées sur mon journal de route : je les publie aujourd'hui dans ce que j'appelle Itinéraire de Paris à Jérusalem

Je prie donc le lecteur de regarder cet Itinéraire moins comme un voyage que comme des Mémoires d'une année de ma vie. Je ne marche point sur les traces des Chardin, des

Tavernier2 Je n'ai point la prétention d'avoir connu des

peuples chez lesquels je n'ai fait que passer. Un moment suffit au peintre de paysage pour crayonner un arbre, prendre une vue, dessiner une ruine : mais des années entières sont trop courtes pour étudier les mœurs des hommes et pour approfondir les sciences et les arts3

Dans un ouvrage du genre de cet Itinéraire, j'ai dû souvent passer des réflexions les plus graves aux récits les plus familiers : tantôt m'abandonnant à mes rêveries sur les ruines de la Grèce, tantôt revenant aux soins du voyageur, mon style a suivi nécessairement le mouvement de ma pensée et de ma fortune. Tous les lecteurs ne s'attacheront donc pas aux mêmes endroits : les uns ne chercheront que mes sentiments, les autres n'aimeront que mes aventures ; ceux-ci me sauront gré des détails positifs que j'ai donnés sur beaucoup d'objets; ceux-là s'ennuieront de la critique des arts, de l'étude des monuments, des digressions historiques. Au reste, c'est l'homme beaucoup plus que l'auteur que l'on verra partout; je parle éternellement de moi, et j'en parlais en sûreté, puisque je ne comptais

1. Sa première intention était donc d'aller chercher des images pour décorer son épopée des Martyrs dont il avait esquissé le plan. C'était un pèlerinage de

Eeintre plutôt que de croyant.

'Itinéraire commence ainsi :

J'avais arrêté le plan des Martyrs :

la plupart des livres de cet ouvrage étaient ébauchés ; je ne crus pas devoir y mettre la dernière main avant d'avoir vu le pays où ma scène était placée : d'autres ont leurs ressources en eux-mêmes, moi j'ai besoin de suppléer à ce qui manque par toutes sortes de travaux. Ainsi, quand on ne trouvera pas dans cet Itinéraire la description de tels ou tels lieux célè-

bres, il faudra la chercher dans les

Martyrs.

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