Petite colline près d'Athènes
CHATEAUBRIAND
étoile m'avait amené par le véritable chemin pour voir Athènes dans toute sa gloire1.
La première chose qui frappa mes yeux, ce fut la citadelle éclairée du soleil levant : elle était juste en face de moi, de l'autre côté de la plaine, et semblait appuyée sur le mont Hymette, qui faisait le fond du tableau2. Elle présentait, dans un assemblage confus, les chapiteaux des Propylées, les colonnes du Parthénon et du temple d'Erechthée3, les embrasures d'une muraille chargée de canons, les débris gothiques des chrétiens et les masures des musulmans4.
Deux petites collines, PAnchesme et le Musée, s'élevaient au nord et au midi de l'Acropolis. Entre ces deux collines, et au pied de l'Acropolis, Athènes se montrait à moi : ses toits aplatis, entremêlés de minarets, de cyprès, de ruines, de colonnes isolées, les dômes de ses mosquées couronnés par de gros nids de cigognes, faisaient un effet agréable aux rayons du soleil. Mais si l'on reconnaissait encore Athènes à ses débris, on voyait aussi, à l'ensemble de son architecture et au caractère général des monuments, que la ville de Minerve n'était plus habitée par son peuple.
Une enceinte de montagnes, qui se termine à la mer, forme là plaine ou le bassin d'Athènes. Du point où je voyais cette plaine au mont Pœcile5, elle paraissait divisée en trois bandes ou régions, courant dans une direction parallèle du nord au midi. La première de ces régions, et la plus voisine de moi, était inculte et couverte de bruyères; la
1. C'est heureux, puisque nous y gagnons une fortbelle description ; mais l'on peut supposer que si Chateaubriand était arrivé par ailleurs, il aurait sûrement cherché autour d'Athènes le point d'où il pouvait le mieux observer la ville ; son sens d'artiste eût corrigé la mauvaise étoile. Remarquer d'ailleurs cet éternel refrain qu'il a tout vu mieux que les autres ou autrement que les autres. Il a dit de son voyage en Grèee :
Je suis en quelque façon le dernier visiteur de l'empire turc dans ses vieilles mœurs Je plains les voyageurs qui me suivront, ils n'auront point vu le vieux soleil de l'Orient et le turban de Mahomet. ( Mémoires, II, 645).