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Ce torrent est le Cédron

Chateaubriand met en note que ce nom ne signifie pas torrent des Cèdres comme on pourrait le croire, mais veut dire en hébreu noirceur et tristesse. Le Cédron séparait Jérusalem du mont des Oliviers. Jésus-Christ le traversa la nuit de sa, Passion.

8. David, roi des Juifs, auteur de Psaumes (env. 1050 av. J.-C).

9. Un des grands prophètes juifs (7° siècle av. J.-C.)3 auteur des Lamentations,

CHATEAUBRIAND

crimes, les larmes que le David coupable y répandit pour expier ses propres erreurs. 11 y a peu de noms qui réveillent dans l'imagination des pensées à la fois plus touchantes et plus formidables que celui de la vallée de Josaphat; vallée si pleine de mystères que, selon le prophète Joël, tous les hommes y doivent comparaître un jour devant le juge redoutable : Congregabo omnes gentesy et deducam eas in vallem Josaphat, et disceptabo cum eis ibi1 : « Il est raisonnable, dit le Père Nau, que l'honneur de Jésus-Christ soit réparé publiquement dans le lieu où il lui a été ravi par tant d'opprobres et d'ignominies, et qu'il juge justement les hommes où. ils l'ont jugé si injustement. »

L'aspect de la vallée de Josaphat est désolé : le côté occidental est une haute falaise de craie qui soutient les murs gothiques de la ville, au-dessus desquels on aperçoit Jérusalem; le côté oriental est formé par le mont des Oliviers et par la montagne du Scandale, mons Offensionis, ainsi nommée de l'idolâtrie de Salomon. Ces deux montagnes, qui se touchent, sont presque nues ët d'une couleur rouge et sombre : sur leurs flancs déserts on voit çà et là quelques vignes noires et brûlées, quelques bouquets d'oliviers sauvages, des friches couvertes d'hysope, des chapelles, des oratoires et des mosquées en ruine. Au fond de la vallée on découvre un pont d'une seule arche, jeté sur la ravine du torrent de Gédron. Les pierres du cimetière des Juifs se montrent comme un amas de débris au pied de la montagne du Scandale, sous le village arabe de Siloan : on a peine à distinguer les masures de ce village des sépulcres dont elles sont environnées. Trois monuments antiques, les tombeaux de Zacharie, de Josaphat et d'Absalon2, se font remarquer dans ce champ de destruclion. A la tristesse de Jérusalem, dont il ne s'élève aucune fumée, dont il ne sort aucun bruit3; à la solitude des montagnes, où l'on n'aperçoit pas un être vivant; au désordre de toutes ces tombes fracassées, brisées, demi-ouvertes, on dirait que la trompette du jugement s'est déjà fait entendre et que les morts vont se lever dans la vallée de Josaphat4.

4. « J'assemblerai toutes les nations et ie les ferai descendre dans la vallée de Josaphat et là je discuterai avec elles. » Joël est un des douze petits prophètes.

2. Absalon et Zacharie furent des rois de Juda. (Absalon, 1000 av. J.-C, Zacharie, 750 av. J.-G.)

3 * Comparer la solitude de la campagne romaine (cf. plus haut Lettre a M. de Fontanes, p. 185) :

c'est la même désolation des deux villes saintes.

4. Cette description finit, comme toutes les autres, par une de ces images grandioses qui surprennent d'abord par leur poésie

L'ITINÉRAIRE DE PARIS A JÉRUSALEM

[C'est ici la partie la plus fastidieuse de Y Itinéraire. Chateaubriand décrit — sans émotion apparente — le Jardin des Oliviers, la montagne de l'Ascension, les principaux monuments de Jérusalem. Il fait l'historique de la Cité sainte en phrases de manuel très sèches et fort ennuyeuses. Il visite le quartier des Juifs, parle des murailles et des portes de la ville, énumère les rues principales, cherche dans les monuments les souvenirs laissés par les diverses civilisations qui ont passé sur cette terre, évoque le temple de Salomon et ses merveilles, décrit la mosquée d'Omar, passe aux divers couvents, et donne un grand luxe de détails sur la vie matérielle à Jérusalem, sur le prix des aliments, du logement et sur ce que peut coûter en moyenne un pèlerinage. Puis un matin, il sort de la ville, va s'asseoir près du sépulcre des vois, ouvre le poème du Tasse, la Jérusalem délivrée, dont il traduit et paraphrase plusieurs passages. Il a pris de la ville tout ce qu'elle pouvait lui donner. Mais avant de la quitter, il satisfait une dernière fois son orgueil en se faisant armer chevalier de l'ordre du Saint-Sépulcre, et son imagination d'artiste en jetant un dernier coup d'ceil d'ensemble sur Jérusalem, 'du haut du mont des Oliviers : ]

Jérusalem.

Les maisons de Jérusalem sont de lourdes masses carrées, fort basses, sans cheminées et sans fenêtres ; elles se terminent en terrasses aplaties ou en dômes, et elles ressemblent à des prisons ou à des sépulcres1. Tout serait à l'œil d'un niveau égal, si les clochers des églises, les minarets des mosquées, les cimes de quelques cyprès et les buissons de nopals 2, ne rompaient l'uniformité du plan. A la vue de ces maisons de pierre, renfermées dans un paysage de pierres, on se demande si ce ne sont pas là les monuments confus d'un cimetière au milieu d'un désert.

Entrez dans la ville, rien ne vous consolera de la tristesse extérieure : vous vous égarez dans de petites rues non pavées, qui montent et qui descendent sur un sol inégal, et vous marchez dans des flots de poussière ou parmi des cailloux roulants. Des toiles3 jetées d'une maison à l'autre augmentent l'obscurité de ce labyrinthe ; des bazars voûtés

et qui cependant sont très logiquement amenées par ce qui précède.

i. C'est toujours la même idée de tristesse et de désolation sur laquelle il revient avec des images diverses. Mais il faut avouer que les villes orientales, par la forme même des maisons, éveil-

lent particulièrement l'idée de cimetières.

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