Nopal, plante grasse, hérissée d'épines
3. Ces toiles, dans les pays chauds, servent à préserver des ardeurs du soleil; cf. de même en Espagne, Gordoue et Séville pendant l'été.
et infects achèvent d'ôter la lumière à la ville désolée; quelques chétives boutiques n'étalent aux yeux que la misère1 et souvent ces boutiques mêmes sont fermées dans la crainte du passage d'un cadi2. Personne dans les rues, personne aux portes de la ville; quelquefois seulement un paysan se glisse dans l'ombre, cachant sous ses habits les fruits de son labeur, dans la crainte d'être dépouillé par le soldat; dans un coin à l'écart, le boucher arabe égorge quelque bête suspendue par les pieds à un mur en ruine : à l'air hagard et féroce de cet homme, à ses bras ensanglantés, vous croiriez qu'il vient plutôt de tuer son semblable que d'immoler un agneau. Pour tout bruit, dans la cité déicide3, on entend par intervalles le galop de la cavale du désert : c'est le janissaire qui apporte la tête du Bédouin ou qui va piller le Fellah4.
Au milieu de cette désolation extraordinaire, il faut s'arrêter un moment pour contempler des choses plus extraordinaires encore. Parmi les ruines de Jérusalem, deux espèces de peuples indépendants5 trouvent dans leur foi de quoi surmonter tant d'horreurs et de misères6. Là vivent des religieux chrétiens que rien ne peut forcer à abandonner le tombeau de Jésus-Christ, ni spoliations, ni mauvais traitements, ni menaces de la mort. Leurs cantiques retentissent nuit et jour autour du Saint-Sépulcre7.
1. Tristesse extérieure et tristesse intérieure. Chateaubriand n'embellit pas la réalité et il note très exactement la saleté des villes d'Orient.