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Perchée = réunion d'oiseaux en train de se percher

LES ANNÉES DE JEUNESSE

grand Mail. Lorsque le soir élevait une vapeur bleuâtre au carrefour des forêts, que les complaintes ou les lais1 du vent gémissaient dans les mousses flétries, j'entrais en pleine possession des sympathies de ma nature2. Rencontrais-je quelque laboureur au bout d'un guéret, je m'arrêtais pour regarder cet homme germé à l'ombre des épis parmi lesquels il devait être moissonné3 et qui, retournant la terre de sa tombe avec le soc de la charrue, mêlait ses sueurs brûlantes aux pluies glacées4 de l'automne ; le sillon qu'il creusait était le monument5 destiné à lui survivre. Que faisait à cela mon élégante démone6? Par sa magie, elle me transportait au bord du Nil, me montrait la pyramide égyptienne noyée dans le sable, comme un jour le sillon armoricain caché sous la bruyère7: je m'applaudissais d'avoir placé les fables de ma félicité hors du cercle des réalités humaines.

Le soir, je m'embarquais sur l'étang, conduisant seul mon bateau au milieu des joncs et des larges feuilles flottantes du nénuphar. Là se réunissaient les hirondelles prêtes à quitter nos climats. Je ne perdais pas un seul de leurs gazouillis8: Tavernier enfant était moins attentif au récit d'un voyageur9. Elles se jouaient sur l'eau au tomber du soleil, poursuivaient les insectes, s'élançaient ensemble dans les airs, comme pour éprouver leurs ailes, se rabattaient à la surface du lac, puis se venaient suspendre10 aux roseaux que leur poids courbait à peine et qu'elles remplissaient de leur ramage confus.

1. Le mot lai est connu surtout comme désignant au moyen âge une espèce de poésie lyrique. Mais il se disait aussi de certaines mélodies exécutées par des musiciens bretons. Il est donc de circonstance ici.

2. Peu clair. Entendez: « des objets avec lesquels ma nature sympathisait ».

3. Germé, moissonné : images un peu recherchées, surtout la première. Chateaubriand marque ainsi l'identité entre l'homme et les productions de la nature, choses également éphémères.

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