‹ Morceaux choisisChapitre 238 sur 530 · Même procédé que plus haut; transition très factice · texte numérisé non relu

Même procédé que plus haut; transition très factice

6. Ce sont là des épisodes très connus de Vlliade et de VOdyssée. Cymodocée en chante d'autres qu'il est inutile de rappeler; on voit le procédé de l'écrivain.

CHATEAUBRIAND

plus forte et plus grande que la lyre de Cyniodocée : c'était un cinnor hébreu. Les cordes en étaient détendues par la rosée de la nuit. Eudore détacha l'instrument, et, après l'avoir accordé, il parut au milieu de l'assemblée, comme le jeune David, prêt à chasser par les sons de sa harpe l'esprit qui s'était emparé du roi Saùl1. Gymodocée alla s'asseoir auprès de Démodocus. Alors Eudore, levant les yeux vers le lirmament chargé d'étoiles, entonna son noble cantique.

Il chanta la naissance du chaos2, la lumière qu'une parole a faite, la terre produisant les arbres et les animaux, l'homme créé à l'image de Dieu et animé d'un souille de vie, Eve tirée du côté d'Adam, la joie et la douleur de la femme à son premier enfantement, les holocaustes de Gain et d'Abel, le meurtre d'un frère et le sang de l'homme criant pour la première fois vers le ciel.

Passant aux jours d'Abraham, et adoucissant les sons de sa lyre, il dit le palmier, le puits, le chameau, l'onagre du désert, le patriarche voyageur assis devant sa tente, les troupeaux de Galaad, les vallées du Liban, les sommets d'Hermon, d'Oreb et de Sinaï, les rosiers de Jéricho, les cyprès de Gadès, les palmes de l'Idumée, Ephraïm et Sichem, Sion et Solyme, le torrent des Cèdres et les- eaux sacrées du Jourdain3, il dit les juges assemblés aux portes

1. Image biblique tout à fait de circonstance, puisqu'Eudore va chanter des récits bibliques et qu'il va essayer de détruire l'impression religieuse, causée par le chant de Gymodocée.

2. Chateaubriand met en note « Pour le chant d'Eudore, voyez toute la Bible ». Cest un peu'copieux ; et ici encore, comme plus haut, nous avons une énumération assez froide, malgré l'art de l'auteur et l'harmonie de son style. Louons-le cependant d'a-

voir révélé la poésie des épisodes bibliques et d'avoir montré encore, après le Génie, quel parti on pouvait en tirer. Les romantiques sauront s'en souvenir.

3. On retrouvera aisément les pays qu'il évoque. Remarquez cependant que ]3ar une affectation d'archaïsme il dit Solyme pour Jérusalem, et le torrent des Cèdres pour le Cédron. Cette description de la Palestine est loin d'avoir la valeur plastique de celle de Vigny v

Il [Moïse sur le Nébo] voit d'abord Phasga que des figuiers entourent;

Puis, au delà des monts que ses regards parcourent,

S'étend tout Galaad, Ephraïm, Manassé,

Dont le pays fertile à sa droite est placé ;

Vers le midi, Juda, grand et stérile, étale

Ses sables où s'endort la mer occidentale.

Plus loin, dans un vallon que le soir a pâli,

Couronné d'oliviers, se montre Nephtali.

Dans des plaines de fleurs, magnifiques et calmes,

Jéricho s'aperçoit, c'est la ville des palmes ;

Et, prolongeant ses bois des plaines de Phogor,

Le lentisque touffu s'étend jusqu'à Ségor. (Moïse).

Fig. 13. — Le Jourdain.

On voit sur l'image ces petits bois de baume et de tamarins, au milieu desquels Chateaubriand nous montre (p. 223) le Jourdain se traînant péniblement.

LES MARTYRS

de la ville, Booz au milieu des moissonneurs1, Gédéon battant son blé et recevant la visite d'un ange, le vieux Tobie allant au-devant de son fils annoncé par le chien fidèle, Agar détournant la tête pour ne pas voir mourir Ismaël

Ainsi chante le fils de Lasthénès. Cet hymne de Sion retentit au loin dans les antres de PArcadie, surpris de répéter, au lieu des sons efféminés de la flûte de Pan, les mâles accords de la harpe de David. Démodocus et sa fille étaient trop étonnés pour donner des marques de leur émotion. Les vives clartés de l'Ecriture avaient comme ébloui leurs cœurs, accoutumés à ne recevoir qu'une lumière mêlée d'ombres; ils ne savaient quelles divinités Eudore avait célébrées, mais ils le prirent lui-même pour Apollon2, et ils lui voulaient consacrer un trépied d'or que la flamme n'avait point touché. Gymodocée se souvenait surtout de l'éloge de la femme forte, et elle se promettait d'essayer ce chant sur la lyre3. D'une autre part4, la famille chrétienne était plongée dans les pensées les plus sérieuses ; ce qui n'était pour les étrangers qu'une poésie sublime était pour elle de profonds mystères et d'éternelles vérités. Le silence de l'assemblée aurait dure longtemps s'il n'avait été interrompu tout à coup par les applaudissements des bergers. Le vent avait porté à ces pasteurs la voix de Gymodocée et d'Eudore : ils étaient descendus en foule de leurs montagnes pour écouter ces concerts ; ils crurent que les Muses et les Sirènes avaient renouvelé au bord de l'Alphée le combat qu'elles s'étaient livré jadis, quand les filles de l'Achéloùs, vaincues par les doctes sœurs, furent contraintes de se dépouiller de leurs ailes5. (Livre II.)

[L'évêque Cyrille invite ses hôtes à la retraite. Pendant la nuit, un songe lui fait craindre que les persécutions ne recommencent. Il supplie

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