D'une autre part = d'un autre côté
5. Les Sirènes, filles de Galliope et du fleuve Achéloùs, avaient défié les Muses à un combat de chant. Les Muses, après les avoir vaincues, les dé-
Souillèrent de leurs ailes et s'en rent des couronnes.
CHATEAUBRIAND
Dieu de le choisir comme victime pour le salut de son peuple. Sa prière monte au trône du Tout-Puissant : ]
Lé Ciel1.
Des jardins délicieux s'étendent autour de la radieuse Jérusalem2. Un fleuve découle du trône du Tout-Puissant ; il arrose le céleste Eden et roule dans ses flots l'amour pur et la sapience de Dieu3. L'onde mystérieuse se partage en divers canaux qui s'enchaînent, se divisent, se rejoignent, se quittent encore et font croître, avec la vigne immortelle, le lis semblable à l'épouse et les fleurs qui parfument la couche de l'époux4. L'arbre de vie s'élève sur la colline de l'encens5; un peu plus loin, l'arbre de science étend de toutes parts ses racines profondes et ses rameaux innombrables : il porte, cachés sous son feuillage d'or, les secrets de la Divinité, les lois occultes de la nature, les réalités morales et intellectuelles, les immuables principes du bien et du mal. Ces connaissances qui nous enivrent font la nourriture des élus; car dans l'empire de la souveraine sagesse, le fruit de science ne donne plus la mort6. Les deux grands ancêtres du genre humain viennent souvent verser des larmes (telles que les justes en peuvent répandre), à l'ombre de cet arbre merveilleux
C'est dans les parvis de la cité sainte et dans les champs qui l'environnent que sont à la fois réunis ou partagés les chœurs des chérubins et des séraphins, des anges et des
1. On sait que Chateaubriand, voulant prouver la beauté poétique du merveilleux chrétien et sa supériorité sur le merveilleux païen, a introduit dans son épopée le Paradis et l'Enfer pour rivaliser avec la peinture de l'Olympe et des Champs-Elysées dans les épopées antiques.
Mais ses descriptions sont bien froides et il est loin d'avoir démontré ce qu'il avait avancé.
Du reste, il ne se faisait guère d'illusion sur ce point ; cf. plus haut p. 251. Nous donnons ici un passage pour qu'on juge du ton et du style.
2. Le Ciel est la Jérusalem céleste. Chateaubriand s'est inspiré, pour cette description, des
Psaumes bibliques, de YApocalypse, du Paradis perdu de Milton.
3. Par ce fleuve, Chateaubriand a voulu rappeler un peu le Paradis terrestre.