Tout ceci est bien abstrait et un peu ennuyeux
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archanges, des trônes et des dominations; tous sont les ministres des ouvrages et des volontés de l'Éternel : à ceuxci a été donné tout pouvoir sur le feu, l'air, la terre et l'eau ; à ceux-là appartient la direction des saisons, des vents et des tempêtes; ils font mûrir les moissons, ils élèvent la jeune fleur : ils courbent le vieil arbre vers la terre1 . . . (Livre III).
[Du début du Livre IV jusqu'à la fin du Livre XI, on a ce qu'on appelle communément le « récit d'Eudore ». Dans une île située au confluent du Ladon et de l'Alphée se réunissent Cyrille, Démodocus et Cymodocée, à qui Eudore raconte l'histoire de sa vie. Il explique comment, jeune Grec chrétien, descendant d'une famille illustre dont le fils aîné devait toujours être envoyé à Rome comme otage dès qu'il aurait seize ans, il partit pour l'Italie et arriva dans la ville impériale.
Eudore est introduit à la cour de Dioclétien dont il fait le portrait, ainsi que celui de Galérius que Dioclétien a associé à l'empire. Il fait la connaissance du sophiste Hiéroclès, avec qui d'ailleurs il ne s'entend pas, et bientôt, gagné par la volupté de la vie romaine, il tombe dans tous les désordres de la jeunesse et oublie sa religion. Marcellin, évêque de Rome, lance l'excommunication contre lui. Eudore suit la cour à Naples dont il décrit les enchantements. Il y mène une vie de plaisirs avec deux jeunes gens intelligents et instruits qu'il a connus à Rome, Augustin et Jérôme8. Mais un jour que leur promenade les a menés
1. Chateaubriand décrit les fonctions des anges en s' appuyant sur un témoignage d'un Fère de l'Eglise, Origène. — Il peint ensuite le bonheur des élus, la Trinité, etc. Tous ces tableaux remplissent le livre III.
2. Chateaubriand a imaginé qu'Eudore, dès son arrivée à Rome, s'était lié d'amitié avec trois jeunes gens, Constantin, Augustin et Jérôme, qui devaient être plus tard l'empereur Constantin, saint Augustin et saint Jérôme. Il fait observer dans une note qu'en ce qui concerne Augustin et Jérôme, il y eut anachronisme, mais qu'il y vit un procédé commode pour faire revivre ces grandes figures.
* Comparer ici la description suivante de la baie de Naples à celle du Voyage en Italie, p. 182, sq.
J'habitais avec Augustin et Jérôme la ville (*) de Constantin bâtie sur le I
C) Ville « villa.
penchant du mont Pausilippe. Chaque matin, aussitôt que l'aurore commençait à paraître, je me rendais sous un portique qui s'étendait le long de la mer. Le soleil se levait devant moi sur le Vésuve, il illuminait de sea feux les plus doux la chaîne des montagnes de Salerne, l'azur de la mer parsemée des voiles blanches des pêcheurs, les îles de Caprée, d'Œnaria et de Prochyta, la mer, le cap Misène et Baïes avec tous ses enchantements.
Des fleurs et des fruits humides de rosée sont moins suaves et moins frais que le paysage de Naples sortant des ombres de la nuit. J'étais toujours surpris, en arrivant au Portique, de me trouver au bord de la mer : car les vagues dans cet endroit faisaient à peine entendre le léger murmure d'une fontaine. En extase devant ce tableau, je m'appuyais contre une colonne; et, sans pensée, sans désir, sans projet, je restais des heures entières à respirer un air délicieux. Le charme était si profond, qu'il me semj blait que cet air divin transformait»
CHATEAUBRIAND
tous les trois au tombeau de Scipion, ils méditent sur la mort, sur les vains plaisirs de la vie, sur la pauvre existence qu'ils mènent. Un solitaire chrétien qui habite près du Vésuve leur vante les beautés du christianisme. Eudore revient à Rome fort troublé.]
Les Catacombes.
Un jour, tandis que Constantin assistait aux, délibérations du sénat, j'étais allé visiter la fontaine Egérie. La nuit me surprit : pour regagner la voie Appienne, je me dirigeai sur le tombeau de Cécilia Métella, chef-d'œuvre de grandeur et d'élégance1. Eu traversant des champs abandonnés, j'aperçus plusieurs personnes qui se glissaient dans l'ombre, et qui toutes, s'arrêtant au même endroit, disparaissaient subitement. Poussé par la curiosité, je m'avance, et j'entre hardiment dans la caverne2 où s'étaient plongés les mystérieux fantômes : je vis s'allonger devant moi des galeries souterraines, qu'à peine éclairaient, de loin en loin, quelques lampes suspendues. Les murs des corridors funèbres étaient bordés d'un triple rang de cercueils placés les uns au-dessus des autres. La lumière lugubre des lampes, rampant sur les parois des voûtes, et se mouvant avec lenteur le long des sépulcres, répandait une mobilité effrayante sur ces objets éternellement immobiles3.
ma propre substance, et qu'avec un plaisir indicible je m'élevais vers le firmament comme un pur esprit
L'éclat velouté de la campagne, la tiède température de l'air, les contours arrondis des montagnes, les molles inflexions des fleuves et des vallées, sont à Naples autant de séductions pour les sens que tout repose et que rien ne blesse. Le Napolitain demi-nu, content de se sentir vivre sous les influences d'un ciel propice, refuse de travailler aussitôt qu'il a gagné l'obole qui suffit au pain du jour. Il passe la moitié de sa vie immobile aux rayons du soleil, et l'autre à se faire traîner dans un char en poussant des cris de joie ; la nuit, il se jette sur les marches d'un temple et dort, sans souci de l'avenir, au pied des statues de ses dieux. (Livre V.)
1. La voie Appienne, (jui allait de Rome à Capoue, était bordée de riches tombeaux. Celui de
Cœcilia Metelia, femme de Crassus le triumvir, était une rotonde de 20 mètres de diamètre, jadis couronnée par une coupole qu'on détruisit au 13e siècle pour la remplacer par des créneaux.
2. Ici commence une description qui eut du succès et qui en a encore; d'ailleurs elle est très dramatique. Les catacombes, décrites ici, sont celles de Saint- Sébastien, ainsi appelées parce que ce martyr y fut enterré.
Sébastien est nommé, à la fin de cette description, comme assistant à la cérémonie avec un autre chrétien, Dorothée, qui prendra plus tard Gymodocée sous sa protection.
3. Voilà Chateaubriand qui prend son grand style : effrayante , éternellement immobile, et, plus bas, abîme de silence.
LES MARTYRS
En vain, prêtant une oreille attentive, je cherche à saisir quelques sons pour me diriger à travers un abîme de silence, je n'entends que le battement de mon cœur dans le repos absolu de ces lieux. Je voulus retourner en arrière, mais il n'était plus temps : je pris une fausse route, et au lieu de sortir du dédale, je m'y enfonçai. De nouvelles avenues, qui s'ouvrent et se croisent de toutes parts augmentent1 à chaque instant mes perplexités. Plus je m'efforce de trouver un chemin, plus je m'égare; tantôt je m'avance avec lenteur, tantôt je passe avec vitesse : alors, par un effet des échos, qui répétaient le bruit de mes pas, je crois entendre marcher précipitamment derrière moi.
Il y avait déjà longtemps que j'errais ainsi; mes forces commençaient à s'épuiser : je m'assis à un carrefour solitaire de la cité des morts. Je regardais avec inquiétude la lumière des lampes presque consumées qui menaçaient de s'éteindre2. Tout à coup une harmonie semblable au chœur lointain des esprits célestes sort du fond de ces demeures sépulcrales : ces divins3 accents expiraient et renaissaient tour à tour; ils semblaient s'adoucir encore en s'égarant dans les routes tortueuses du souterrain. Je me lève, et je m'avance vers les lieux d'où s'échappent ces magiques concerts : je découvre une salle illuminée. Sur un tombeau paré de fleurs, Marcellin4 célébrait le mystère des chrétiens; des jeunes filles, couvertes dévoilés blancs, chantaient au pied de l'autel; une nombreuse assemblée assistait au sacrifice. Je reconnais les catacombes! Un mélange de honte, de repentir, de ravissement s'empare de mon âme. Nouvelle surprise! Je crois voir l'impératrice et sa fille5, entre Dorothée et Sébastien, à genoux au milieu de la foule. Jamais spectacle plus miraculeux n'a frappé l'œil d'un mortel; jamais Dieu ne fut plus dignement adoré et ne manifesta plus ouvertement sa grandeur... Tandis que je m'abandonne à ces réflexions, un diacre se penche à l'oreille du pontife, dit quelques mots, fait un signe : sou-
1 . Le présent, dans tout ce récit, rend le tableau plus vivant et plus précis.
2. Description très émouvante du silence et de l'inquiétude d'un homme égaré.
3. Il multiplie les adjectifs, esprits célestes, demeures sépulcraleSj divins accents. C'est un
morceau trop soigné (cf. encore magiques concerts.)
4. Marcellin est l'évêque de Rome qui, au début, avait pris Eudore sous sa protection, puis avait gémi de ses égarements, et enfin avait dû lancer l'excommunication contre lui.