Observation très précise
6. Même précision dans les détails. Chateaubriand décrit son pays breton qu'il connaît bien. Une bruyère est une lande couverte de bruyères.
7. Les régions sauvages et stériles paraissaient aux Gaulois les seules dignes de porter les
LES MARTYRS
arène s'élevait une de ces roches isolées1 que les Gaulois appellent dolmen, et qui marquent le tombeau de quelque guerrier. Un jour le laboureur, au milieu de ses sillons, contemplera ces informes pyramides2 : effrayé de la grandeur du monument, il attribuera peut-être à des puissances invisibles et funestes ce qui ne sera que le témoignage de la force et de la rudesse de ses aïeux3.
La nuit était descendue. La jeune fille s'arrêta non loin de la pierre, frappa trois fois des mains, en prononçant à haute voix ce mot mystérieux :
« Au gui Tan neuf 4 ! »
A l'instant, je vis briller dans la profondeur du bois mille lumières ; chaque chêne enfanta pour ainsi dire un Gaulois 5 ; les barbares sortirent en foule de leur retraite : les uns étaient complètement armés ; les autres portaient une branche de chêne dans la main droite, et un flambeau dans la gauche. A la faveur de mon déguisement, je me mêle à leur troupe : au premier désordre de l'assemblée succèdent bientôt l'ordre et le recueillement, et l'on commence une procession solennelle.
Des eubages6 marchaient à la tête, conduisant deux taureaux blancs qui devaient servir de victimes ; les bardes7 suivaient, en chantant sur une espèce de guitare les louanges de Teutatès8; après eux venaient les disciples; ils étaient accompagnés d'un héraut d'armes vêtu de blanc, couvert d'un chapeau surmonté de deux ailes, et tenant à9 sa main
monuments sacrés. Elles étaient l'image de la liberté.
î. Ce sont les menhirs. Le dolmen est plutôt une table de pierre soutenue par des blocs énormes.
2. Les Pyramides d'Egypte étaient également des tombeaux. Le rapprochement est ingénieux.