Seconde partie du discours
après les regrets, les motifs d'espérance tirés d'abord de l'excès même de la servitude et du malheur. C'est le commentaire du vers latin : « Le seul salut qui reste à des vaincus,c'est de n'espérer aucun salut. »
Una salus victis, nullam sperare [salutem.
CHATEAUBRIAND
mier âge, que les Romains vous enlèvent. Que devenez-vous? Je l'ignore. Parvenus à l'âge d'homme, vous allez mourir sur la frontière pour la défense de vos tyrans, ou creuser le sillon qui les nourrit. Condamnés aux plus rudes travaux, vous abattez vos forêts, vous tracez avec des fatigues inouïes les routes qui introduisent l'esclavage jusque dans le cœur de votre pays1 : la servitude, l'oppression et la mort accourent sur ces chemins en poussant des cris d'allégresse, aussitôt que le passage est ouvert2. Enfin, si vous survivez à tant d'outrages, vous serez conduits à Rome : là, renfermés dans un amphithéâtre, on vous forcera de vous entre-tuer3, pour amuser par votre agonie une populace féroce. Gaulois, il est une manière plus digne de vous de visiter Rome ! Souvenez-vous que votre nom veut dire voyageur4. Apparaissez tout à coup au Capitole, comme ces terribles voyageurs, vos aïeux et vos devanciers. On vous demande à l'amphithéâtre de Titus5? Partez î Obéissez aux illustres spectateurs qui vous appellent6. Allez apprendre aux Romains à mourir, mais d'une toute autre façon qu'en répandant votre sang dans leurs fêtes : assez longtemps ils ont étudié la leçon, faites-la leur pratiquer. Ce que je vous propose n'est point impossible7. Les tribus des Francs qui s'étaient établies en Espagne retournent maintenant dans leur pays 8; leur flotte est à la vue9 de vos côtes : ils n'attendent qu'un signal pour vous secourir. Mais si le ciel ne couronne pas vos efforts, si la fortune des Césars doit l'emporter encore, eh bien ! nous irons chercher avec les Francs un coin du monde où l'esclavage soit inconnu. Que les peuples étrangers nous accordent ou nous refusent une patrie, la terre ne peut nous manquer pour y vivre ou pour y mourir10. « (Livre IX.)