‹ Morceaux choisisChapitre 266 sur 530 · Excellent argument, très noble et très solide · texte numérisé non relu

Excellent argument, très noble et très solide

CHATEAUBRIAND

un homme plus patient dans ses maux qu'un vrai chrétien, plus résigné sous un maître, plus fidèle à sa parole, plus ponctuel dans ses devoirs, plus chaste dans ses habitudes1? Nous sommes si éloignés de la barbarie que nous nous retirons de vos jeux où le sang des hommes est une partie du spectacle. Nous croyons qu'il y a peu de différence entre

commettre le meurtre et le voir ommettre avec plaisir2

Nous sommes, dit notre délateur, des séditieux ; nous refusons d'adorer les images de l'empereur et d'offrir des sacrifices aux dieux pour le père de la patrie3. Les chrétiens, des séditieux! Poussés à bout par leurs persécuteurs et poursuivis comme des bêtes féroces, ils n'ont pas même fait entendre le plus léger murmure; neuf fois ils ont été massacrés et, s'humiiiant sous la main de Dieu, ils ont laissé l'univers se soulever contre les tyrans4. Que Hiéroclès nomme un seul fidèle engagé dans une conspiration contre son prince! Soldats chrétiens que j'aperçois ici, Sébastien, Pacôme, Victor5, dites-nous où vous avez reçu les nobles blessures dont vous êtes couverts ! Est-ce dans les émeutes populaires, en assiégeant le palais de vos empereurs, ou bien en affrontant, pour la gloire de vos princes, la flèche du Parthe, l'épée du Germain et la hache du Franc?...

Dioclétien, vous trouverez chez les chrétiens des sujets respectueux, qui vous seront soumis sans bassesse, parce que le principe de leur obéissance vient du Ciel6. Ce sont des hommes de vérité : leur langage ne diffère point de

i. * Comparer l'éloge des ver- I te, par la bouche de Sévère le tus chrétiennes dans Polyeuc- | païen:

Enfin chez les chrétiens les mœurs sont innocentes,

Les vices détestés, les vertus florissantes ;

Ils font des vœux pour nous qui les persécutons;

El depuis tant de temps que nous les tourmentons,

Les a-t-on vus mutins, les a-t-on vus rebelles ?

Nos princes ont-ils eu des soldats plus fidèles ?

Furieux dans la guerre, ils souffrent nos bourreaux,

Et lions au combat, ils meurent en agneaux. . . (IV, 6.)

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