‹ Morceaux choisisChapitre 269 sur 530 · Joppe, aujourd'hui Jaffa · texte numérisé non relu

Joppe, aujourd'hui Jaffa

CHATEAUBRIAND

vait égaler la magnificence1. Bientôt on pénètre dans les montagnes de la Judée par le hameau qui vit naître l'heureux coupable à qui Jésus-Christ promit le ciel sur la croix2. Les pieux voyageurs vous saluèrent aussi, berceau de Jérémie, vous qui respirez encore la tristesse du prophète des douleurs3! Ils franchissent le torrent qui fournit au berger de Bethléem les pierres dont il frappa le Philistin4; ils s'enfoncent dans un désert où des figuiers sauvages clairsemés étalaient au vent brûlant du midi leurs feuilles noircies : la terre, qui jusque-là avait conservé quelque verdure, se dépouille ; les flancs des monts s'élargissent et prennent à la fois un air plus grand et plus stérile. Peu à peu la végétation se retire et meurt; les mousses mêmes disparaissent; une teinte rouge et ardente succède à la pâleur des rochers. Parvenus à un col élevé, tout à coup les pèlerins découvrent un vieux mur surmonté de la cime de quelques édifices nouveaux. Le guide s'écrie : « Jérusalem! » et la troupe, soudain arrêtée par un mouvement involontaire, répète : « Jérusalem! Jérusalem5! »

A l'instant les chrétiens se précipitent de leurs cavales ou de leurs chameaux. Ceux-ci se prosternent trois fois, ceux-là se frappent le sein en poussant des sanglots ; les uns apostrophent la ville sacrée dans le langage le plus pathétique, les autres restent muets d'étonnement, le regard attaché sur Jérusalem. Mille souvenirs accablent à la fois le cœur et l'esprit : souvenirs qui n'embrassent rien moins que la durée du monde! O muse de Sion, toi seule pourrais peindre ce désert qui respire la divinité de Jéhovah 6 et la grandeur des prophètes !

Entre la vallée du Jourdain et les plaines de l'Idumée s'étend une chaîne de montagnes qui commence aux champs fertiles de la Galilée et va se perdre dans les sables de l'Yémen. Au centre de ces montagnes se trouve un bassin aride, fermé de toutes parts par des sommets jaunes et rocailleux; ces sommets ne s'entr'ouvrent qu'au levant, pour laisser voir le gouffre de la mer Morte7 et les montagnes

1. Les lis. Cf. le verset de l'Evangile : « Les lis ne filent point et cependant Salomon, dans toute sa gloire, ne fut jamais vêtu comme l'un d'eux. »

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