‹ Morceaux choisisChapitre 277 sur 530 · Allusion aux événements de la Révolution et aux «martyrs · texte numérisé non relu

Allusion aux événements de la Révolution et aux «martyrs

de la Terreur, peut-être même aussi aux guerres du premier Empire.

CHATKAUBMAND

avec la jeunesse1. Adieu, consolatrice de mes beaux jours, toi qui partageas mes plaisirs et bien souvent mes douleurs ! Puis-je me séparer de toi sans répandre des larmes? J'étais à peine sorti de l'enfance, tu montas sur mon vaisseau rapide et tu chantas les tempêtes qui déchiraient ma voile2; tu me suivis sous le toit d'écorce du sauvage et tu me fis trouver dans les solitudes américaines les bois du Pinde3. A quel bord n'as-tu pas conduit mes rêveries ou mes malheurs? Porté sur ton aile, j'ai découvert au milieu des nuages les montagnes désolées de Morven4, j'ai pénétré les forêts d'Erminsul5, j'ai vu couler les flots du Tibre, j'ai salué les oliviers du Géphise et les lauriers de l'Eurotas6. Tu me montras les hauts cyprès du Bosphore et les lauriers déserts du Simoïs7. Avec toi je traversai THermus, rival du Pactole8; avec toi j'adorai les eaux du Jourdain et je priai sur la montagne de Sion9. Memphis et Carthage10 nous ont vus méditer sur leurs ruines, et dans les débris des palais de Grenade, nous évoquâmes les souvenirs de l'honneur et de l'amour11. Tu me disais alors :

« Sache apprécier cette gloire dont un obscur et faible voyageur peut parcourir le théâtre en quelques jours12. »

O Muse, je n'oublierai point tes leçons ! Je ne laisserai point tomber mon cœur des régions élevées où tu l'as placé. Les talents de l'esprit que tu dispenses s'affaiblissent par

1. Pensée mélancolique, style harmonieux et caressant. Chateaubriand songe ici qu'il était Fauteur applaudi de René et d'Atala.

2. Ceci doit être pris au sens propre et au sens métaphorique.

La vie de Chateaubriand — il l'a assez répété — a été agitée comme un navire sur les eaux ; mais, en outre, Chateaubriand fait allusion à son voyage en Amérique et aux tempêtes qu'il essuya à l'aller et au retour.

3. Le Pinde, montagne de la Grèce, était un des séjours des Muses. Cette phrase est un peu obscure et recherchée. Il veut dire que, si les bois du Pindc inspirèrent les poètes grecs, luimême fut inspiré par les forêts vierges de l'Amérique.

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