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Tout ce passage est triste

Chateaubriand a eu des impressions très mêlées à Londres.

Certainement il était très heureux de se retrouver, brillant ambassadeur, dans ce pays où il avait été autrefois si malheureux pendant son exil ( cf. p. 74, n. 7). Ce contraste lui plaisait fort, bien qu'il eût l'air souvent de regretter son passé, par un dégoût fort peu sincère de son rôle d'ambassadeur :

Quand je rentre chez moi en 1822, au lieu d'être reçu par mon ami tremblotant de froid, qui ouvre la porte de notre grenier en me tutoyant, qui se couche sur son grabat auprès du mien, en se recouvrant de son mince habit et ayant pour lampe le clair de lune, je passe à la lueur des flambeaux entre deux files de laquais, qui vont aboutir à cinq ou six respectueux secrétaires. J'arrive, tout criblé sur ma route des mots : Monseigneur, Mylord, Votre Excellence, Monsieur l'Ambassadeur, à un salon tapissé d'or et de soie. — Je vous en supplie, messieurs, laissez-moi 1 trêve de ces Mylords ! . . . Revenez, beaux jours de ma misère et de ma solitude 1 Ressuscitez, compagnons de mon exil 1 Allons, mes vieux camarades du lit de camp et de la couche de paille, allons dans la campagne, dans le petit jardin d'une taverne dédaignée, boire sur un banc de bois une tasse de mauvais thé, en parlant de nos folles espérances et de notre ingrate patrie. . . (Mémoires, I, 322. )

Il a beau dire ici, le ton n'est pas sincère : sa situation nouvelle l'enchantait avec tous les honneurs et toutes les belles relations qu'elle lui apportait.

Toutefois, un épisode imprévu l'attrista profondément (comme la mort de Fontanes l'avait attristé dans son ambassade de Berlin). Le 12 août 4822, le marquis de Londonderry, ministre des affaires étrangères, mourut subitement. De là un retour de Chateaubriand sur la pensée de la mort et la fragilité des choses humaines. Ajoutez qu'il voyait, avec beaucoup de clairvoyance, la vieille Angleterre se transformer dans un sens qui ne lui plaisait guère. Il voyait avec regret ce pays, jusque-là si conservateur, gagne par les idées de notre Révolution. Tout cela explique la mélancolie de la tirade ci-dessus.

3. Lire, dans le Voyage en Italie, la lettre à M. de Fontanes, p. 185. — Remarquer ici la continuation du même procédé, l'opposition pittoresque de l'Angleterre et des autres pays visités par l'auteur.

4. C'est à dire m'appelle, m'attire, m'invite à y revenir. Il n'allait pas tarder à y retourner comme ambassadeur (voir plus bas).

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