Etats généraux de
3. Ce résumé du rôle du Parlement est très exact, ainsi que les conclusions qu'en dégage Chateaubriand.
4. Expression employée au!8a siècle et qu'on retrouve, au début du 19e, dans les écrits de Mme de Staël (par ex. dans sa Littérature.)
CHATEAUBRIAND
religion, de la politique et du goût. Tout cela peut se soutenir : ceux qui prendraient en main cette cause ne manqueraient pas de raisons puissantes et surtout de sentiments pathétiques pour justifier leur opinion. Mais il faut dans la vie partir du point où l'on est arrivé1. Un fait est un fait. Que le gouvernement détruit fût excellent ou mauvais, il est détruit : que l'on ait avancé, que l'on ait reculé, il est certain que les hommes ne sont plus dans la place où ils étaient il y a cent ans, bien moins encore où ils étaient il y a trois siècles. Il faut les prendre tels qu'ils sont, et ne pas toujours les voir tels qu'ils ne sont pas et tels qu'ils ne peuvent plus être : un enfant n'est pas un homme fait, un homme fait n'est pas un vieillard. Quand nous voudrions tous que les choses fussent arrangées autrement qu'elles le sont, elles ne pourraient l'être. Déplorons à jamais la chute de l'ancien gouvernement, de cet admirable système dont la durée seule fait l'éloge ; mais enfin notre admiration, nos pleurs, nos regrets ne nous rendront pas Du Guesclin, La Hire et Dunois2. La vieille monarchie ne vit plus pour nous que dans l'histoire, comme l'oriflamme3 que l'on voyait encore toute poudreuse dans le trésor de Saint-Denis sous Henri IV : le brave Grillon 4 pouvait toucher avec attendrissement et respect ce témoin de notre ancienne valeur; mais il servait sous la cornette blanche triomphante aux5 plaines d'ivry6, et il ne demandait point qu'on allât prendre au milieu des tombeaux l'étendard des champs de Bouvines7. (Ghap. XIX.)
1. Chateaubriand se montre ici politique avisé et réaliste, amoureux des faits dont il veut tenir le plus grand compte.
2. Duguesclin (1320-1380); La Hire et Dunois, capitaines français au service de Charles VII, compagnons dé Jeanne d'Arc.
3. Ce fut la bannière des rois de France au moyen âge jusqu'à la bataille d'Azincourt (1415).