Le ministère des affaires étrangères
4. Date où Chateaubriand fut remercié et remplacé au ministère; cf. plus haut p. 332. Toute l'argumentation est ironique et subtile.
5. Voici un exemple d'un discours de Chateaubriand à la chambre des pairs, le 19 janvier 1818, sur un projet de loi relatif à la liberté de la presse :
Un homme mêle du poison dans un breuvage : prêt à donner la coupe à sa victime, il est découvert et la loi le condamne à mort, bien que sa mécbante action n'ait pas eu le résultat qu'il s'en promettait ; de même un ouvrage corrupteur doit être retran-" ché de la société avant qu'il y ait porté sés ravages. — La poésie est , belle, mais il faut éviter d'en mettre
dans les affaires. Quelle comparaison peut-on faire entre un crime physique, si je puis m'exprimer ainsi, et un crime moral ? Un livre, si détestable qu'on veuille le supposer, agit-il instantanément ? va-t-il en un moment mettre le feu aux quatre coins de la France ou pervertir la jeunesse ?
N'aurez- vous pas toujours le temps de l'arrêter au moment même de son apparition dans le monde ? Je comprends que, si on le laisse étalé sur les quais, vendre dans toutes les boutiques ; que si on n'applique pas à son auteur nos terribles lois contre la liberté de la presse, je comprends qu'il y aura à la longue du dauger ; mais si les poursuites sont actives, si la justice est prompte et sévère, pourquoi violer les notions du bon sens et les règles de l'équité en s'obstinant à considérer le dépôt comme une véritable publication? (Œuvres complètes, VIII, 294.)
6. L'auteur ici fait des avances aux libéraux, au groupe de ceux qui fondèrent le journal Le Globe.
CHATEAUBRIAND
par l'usage même du gouvernement constitutionnel, rien de plus simple; mais que de purs royalistes, sans doute attachés de cœur à l'ancien régime, aient rompu de grandes lances pour la Charte et pour les libertés publiques dans un temps où ces libertés, peu connues, semblaient avoir des périls; qu'aujourd'hui, lorsque tout est calme et qu'ils sont puissants, ils s'épouvantent en pleine paix de ces mêmes libertés, la chose est étrange. S'élever du mal au bien est ordre, descendre du bien au mal est désordre.
Vieux capitaine d'une armée qui a déserté ses tentes1, je continuerai, sous la bannière de la religion, à tenir d'une main l'oriflamme de la monarchie et de l'autre le drapeau des libertés publiques2. Aux antiques cris de la France de saint Louis et de Henri II, vive le roi ! Montjoie ! Saint- Denis3! je joindrai les cris nouveaux de la France de Louis XVIII et de Charles X, tolérance ! lumière ! liberté ! Peut-être rattacherai-je avec plus de fruit au trône et à l'autel les partisans de l'indépendance que je ne ralliai à la Charte de prétendus serviteurs du trône et de l'autel 4.
L'honneur5 et mon pays me rappellent sur le champ de bataille. Je suis arrivé à l'âge où les hommes ont besoin de repos6; mais si je jugeais de mes années par la haine toujours croissante que m'inspirent l'oppression et la bassesse, je croirais avoir rajeuni7. (Œuvres complètes, VII, 491.)
1. Toujours les mêmes images grandiloquentes, la même admiration pour lui-même, la même condamnation sévère de ses anciens amis.
2. Bannière, oriflamme, drapeau, voilà bien des fanions. Mais nous sommes peut-être devenus un peu sévères pour ces images qui se sont transformées en clichés dans la langue politique de nos jours.
3. Les Montjoies au moyen âge étaient des monticules servant de ralliement pour le ban et sur lesquels on plantait des bannières et des étendards. L'étymologie en paraît être mons Jouis, mont de Jupiter : c'étaient presque des lieux saints. Par extension le mot désigna un cri de guerre. Mais pour caractériser
les races, il était suivi d'un autre mot. C'était « Montjoie Saint-Denis » pour les ducs de France, « Montjoie Saint- André » pour les ducs de Bourgogne, etc.
4. C'est toujours la même tactique libérale' de Chateaubriand qui se pose en champion des libertés et condamne sévèrement les royalistes impénitents.
5. Uhonneur fut toujours un sentiment très vif chez Chateaubriand. Nous le verrons, après 1830, rester fidèle à cette monarchie de Charles X qu'il condamne ici si vi vement. — Comparer l'attitude de Vigny dont l'honneur fut la vraie religion.