‹ Morceaux choisisChapitre 351 sur 530 · Hâçe = dépouillée, sans végétation · texte numérisé non relu

Hâçe = dépouillée, sans végétation

6. Remarquer la quantité d'adjectifs, slacè, décolorée, hâve et nuef décharnés qui peignent la désolation duspaysage polaire.

* Cf. cette description de Loti :

C'était une lumière pâle, pâle/ qui

ne ressemblait à rien ; elle traînait sur les choses comme des reflets de soleil mort. Autour d'eux, tout de suite, commençait un vide immense qui n'était d'aucune couleur, et en dehors des planches de leur navire, tout semblait diaphane, impalpable, chimérique. L'œil saisissait à peine ce qui devait être la mer ; d'abord cela prenait l'aspect d'une sorte de miroir tremblant qui n'aurait aucune image à refléter ; en se prolongeant, cela paraissait devenir une plaine de vapeur — et puis, plus rien ; cela n'avait ni horizon ni contours. La fraîcheur humide de l'air était plus intense,plus pénétrante que du vrai froid, et, en respirant, on sentait très fort le goût du sel. Tout était calme, et il ne pleuvait plus ; en haut, des nuages informes et incolores semblaient contenir cette lumière latente qui ne s'expliquait pas. (Pécheur* d'Islande, Calm-Lévy, édj.

LES NATCHEZ

soleil, touchant la terre, semblait rester immobile, et remontait ensuite dans le ciel, au lieu de descendre sous l'horizon1. Les monts revêtus de neige, les vallées tapissées de la mousse blanche que broutent les rennes, les mers couvertes de baleines et semées de glaces flottantes3, toute cette scène, éclairée comme à la fois par les feux du couchant et par la lumière de l'aurore, brillait des plus tendres et des plus riches couleurs : on ne savait si on assistait à la création ou à la fin du monde3. Un petit oiseau, semblable à celui qui chante la nuit dans nos bois, faisait entendre un ramage plaintif

Mais bientôt à une clarté perpétuelle succéda une nuit sans lin. Un soir le soleil se coucha et ne se leva plus. Une aurore stérile, qui n'enfanta point l'astre du jour, parut dans le septentrion4. Nous marchions à la lueur du météore5, dont les flammes mouvantes et livides s'attachaient à la voûte du ciel comme à une surface onctueuse.

Les neiges descendirent : les daims, les caribous6, les oiseaux mêmes disparurent; on voyait tous ces animaux passer et retourner vers le midi ; rien n'était triste comme cette migration qui laissait l'homme seul. Quelques coups de foudre qui se prolongeaient dans les solitudes où aucun

1. L'éternel soleil, qui avait un peu trempé son bord dans les eaux, recommença à monter lentement. (Loti, Pécheurs d'Islande).

2. Glaces flottantes et, quelques lignes plus haut, baies solitaires : ces deux expressions se retrouvent dans la description de la Bretagne par Renan, au début de la Prière sur l'Acropole :

On y connaît à peine le soleil ; les fleurs sont des mousses marines, les algues et les coquillages coloriés qu'on trouve au fond des baies solitaires. . . J'entendis, quand j'étais jeune, les chansons des voyages polaires, je fus bercé au souvenir des glaces flottantes.. .

Il est sûr que Renan s'est inspiré de Chateaubriand. Et lorsqu'il parle, dans ce même passage, de la mer sombre de sa Bretagne, « hérissée de rochers, toujours battue par les orages», comment ne pas voir ici encore un écho des lignes des Martyrs où Eudore décrit TArmorique avec ses côtes « hérissées de ro-

chers... battues d'un océan sauvage » ?

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