Cf. cette description de l'aurore dans Leconte de Lisle
Les abeilles sortaient des ruches naturelles Et par essaims vibraient au soleil matinal ; Et, livrant le trésor de leurs corolles frôles, Chaque fleur répandait sa goutte de cristal.
Et le ciel descendait dans les claires rosées Dont la montagne bleue au loin étincelait ; Un mol encens fumait des plantes arrosées Yers la sainte nature à qui mon cœur parlait.
( La Fontaine aux lianes.)
CHATEAUBRIAND
en fumée d'or, en atteignant les régions éclairées par la lumière du jour. Les oiseaux-moqueurs1 chantaient, les colibris voltigeaient sur la tige des anémones sauvages, tandis que les cigognes montaient au haut des airs pour découvrir le soleil. Les cabanes des Indiens, dispersées sur les collines et dans les vallées, se peignaient des rayons du levant : jusqu'aux bocages de la mort2, tout riait dans la solitude.
Outougamiz et Géluta se tenaient à genoux à quelque distance de l'arbre sous lequel le sachem rendait le dernier soupir. Un peu plus loin, Adario debout, les bras croisés, le vêtement déchiré, le poil hérissé, regardait mourir son ami : Ghactas était assis et appuyé contre le tronc du tulipier; la brise se jouait dans sa chevelure blanche et le reflet des roses de l'aurore colorait son front pâlissant3.
Faisant un dernier effort, le sachem tira de son sein un cruciiix que lui avait donné Fénelon4 : « Atala, dit-il d'une voix ranimée, que je meure dans ta religion! que j'accomplisse ma promesse au père Aubry5! Je n'ai point été purifié par l'eau sainte, mais je demande au ciel le baptême de désir. Vertueux chef de la prière6, qui remis dans mes mains ce signe de mon salut, viens me chercher aux portes du ciel7. Je donnerai peu de peine à la mort; une partie de son ouvrage est déjà faite; elle n'aura point à clore mes paupières comme celles des autres hommes8 : je vais au contraire ouvrir à la clarté divine des yeux fermés depuis longtemps à la lumière terrestre9. »
Ghactas exhala la vertu avec son dernier soupir : l'arbre parfumé des forêts américaines embaume l'air quand le