‹ Morceaux choisisChapitre 389 sur 530 · Règle : Les plaisirs me vont décevant · texte numérisé non relu

Règle : Les plaisirs me vont décevant

8. Quelle différence avec les vers où Vi^ny fait parler Moïse dans la célèbre poésie qui porte ce noml Moïse, chez Vigny, n'est sans doute qu'un symbole, mais plusieurs vers sont bien le langage du législateur des Hébreux, et ils ont une autre poésie que ceux de Chateaubriand.

* Comparer les deux fragments.

[Le recueil des Mélanges historiques, publié dans la même édition de 1826-183 t, comprenait, avec la réimpression de YEssai sur les Révolutions, différentes études historiques dont la plus étendue est intitulée Mémoires sur la vie et la mort du duc de Berry. Ces Mémoires comprennent deux parties : la première depuis la naissance du duc jusqu'à son arrivée en France, à la première Restauration ; la seconde jusqu'à l'assassinat et les derniers moments qui sont longuement décrits. Chateaubriand montre le prince faisant une confession publique de ses fautes et demandant la grâce de son assassin ; il décrit les funérailles, la consternation de la France, et il termine par un portrait général. Voici quelques réflexions qu'il a reproduites dans les* Mémoires d'Outre-Tombe (IV, p. 162) :]

Portrait du duo de Berry.

Un lils de saint Louis, dernier rejeton de la branche ainée de sa famille1, échappe aux traverses d'un long exil et revient dans sa patrie2; il commence à goûter le bonheur, il se flatte de se voir renaître, de voir renaître en même temps la monarchie dans les enfants que Dieu lui promet 3 : tout à coup il est frappé au milieu de ses espérances, presque dans les bras de sa femme4. Il va mourir et il n'est pas plein de jours! Ne pourrait-il accuser le ciel, lui demander pourquoi il le traite avec tant de rigueur ? Ah ! qu'il lui eût été pardonnable de se plaindre de sa destinée ! Car enfin, quel

4. Le duc de Berry (1778-1820) était le second fils du comte d'Artois (Charles X).

2. Il avait émigré avec ses parents en 1789, pris part au siège de Thion ville, puis séjourné en Angleterre. En 1814, il débarqua à Cherbourg et arriva à Paris où Louis XVIII, au retour de Napoléon, le choisit, en mars 1815, pour général en chef. Le 17 juin 1816, il épou-

sa Marie -Caroline de Naples.

3. Il avait eu deux enfants morts -nés (1817-1818), une fille, Louise -Marie -Thérèse (1819). Il eut un enfant posthume, le duc de Bordeaux, plus tard comte de Chambord, né le 29 septembre

4. Il venait de reconduire sa femme à sa voiture, à la sortie de l'Opéra, lorsqu'il fut assassiné par Louvel.

CHATEAUBRIAND

mal faisait-il? Il vivait familièrement au milieu de nous, dans une simplicité parfaite ; il se mêlait à nos plaisirs et soulageait nos douleurs1; il ne nous priait, pour récompense de ses bienfaits, que de le laisser vivre obscur, en attendant qu'il devînt notre grand roi et notre bon maître. Déjà six de ses parents avaient péri : pourquoi l'égorger encore, le rechercher, lui innocent, lui si loin du trône, vingt-sept ans après la mort de Louis XVI2? Connaissons mieux le cœur d'un Bourbon3. Ce cœur, tout percé du poignard qu'il était, n'a pu trouver contre nous un seul murmure : pas un regret de la vie, pas une parole amère ne sont échappés à ce prince. Epoux, lils, père et frère, en proie à toutes les angoises de l'âme, à toutes les souffrances du corps, il ne cesse de demander la grâce de V homme qu'il n'appelle pas même son assassin*! Le caractère le plus impétueux devient tout à coup le caractère le plus doux. C'est un homme plein de passions, attaché à l'existence par tous les liens du cœur : c'est un prince dans la fleur de l'âge; c'est l'héritier du plus beau royaume de la terre qui expire, et vous diriez que c'est un infortuné qui ne perd rien ici-bas. Le prodige5 est partout : l'âme est pour ainsi dire transformée, et le corps, par la force de l'âme, semble vivre contre les lois de la nature6. Depuis trente ans, les Français se font moissonner sur les champs de bataille; la Providence voulait opposer à ces sacrifices de l'honneur l'héroïsme d'un trépas chrétien7; elle voulait nous montrer dans l'antique famille de nos rois ce que c'était que ces anciennes morts des chevaliers dont nous avions perdu la tradition8. (Deuxième partie, II, 7.)

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