Rémission — adoucissement
Il demande qu'on veuille bien
CHATEAUBRIAND
< jeunes gens qui me poussaient par derrière passa tout à coup sa tête entre mes jambes et m'enleva sur ses épaules. Nouvelles acclamations; on criait aux spectateurs dans la la rue et aux fenêtres : « A bas les chapeaux ! vive la i Charte! » et moi je répliquais : « Oui, messieurs, vive la Charte! mais vive le roi1! » On ne répétait pas ce cri, mais il ne provoquait aucune colère. Et voilà comme la partie î était perdue! Tout pouvait encore s'arranger, mais il ne \ fallait présenter au peuple que des hommes populaires : dans les révolutions un nom fait plus qu'une armée2.
Je suppliai tant mes jeunes amis qu'ils me mirent enfin à terre. Dans la rue de Seine, en face de mon libraire, \ M. Le Normant, un tapissier offrit un fauteuil pour me | porter; je le refusai et j'arrivai au milieu de mon triom- \ phe dans la cour d'honneur du Luxembourg. Ma généreuse \ escorte me quitta alors après avoir poussé de nouveaux > cris de : Vive la Charte ! vive Chateaubriand î
[A la Chambre des pairs, Chateaubriand essaie vainement de plaider la cause du roi. Les événements se précipitent. Le duc d'Orléans est nommé lieutenant-général du royaume. Le roi part pour Rambouillet, puis pour l'exil. Le duc d'Orléans est nommé roi malgré les effoits de Chateaubriand qui prononce, le 7 août, un très beau discours en faveur du duc de Bordeaux. Après avoir examiné la situation politique, combattu le principe d'un roi nommé par les chambres ou élu par.le peuple, et plaidé la cause de la légitimité, il conclut : ]
j « J'ai transporté le combat sur le terrain de mes adver- | saires3; je ne suis point allé bivouaquer dans le passé sous