Il se montre « cornélien
dans sa réplique : il n'entend pas renier sa fidélité à son roi, au risque d'être mal vu ou peutêtre maltraité. Mais ce cri fut-il réellement poussé?
2. Voilà l'orgueil : tout pouvait être sauvé si Chateaubriand avait été ministre, si le roi n'avait pas mis au pouvoir des hommes impopulaires. Mais il y a bien de la naïveté à supposer que le seul nom de Chateaubriand eût fait plus qu'une armée.
3. Dans la première partie de sondiscours, il discute l'opinion des républicains et celle des monarchistes qui veulent changer de gouvernement. Il se place a leur point de vue qui est celui de la liberté; il avoue avec eux
que Charles X a été imprudent, il le fait même dans des termes agressifs pour le roi, il loue la défense «légitime et héroïque »
du peuple de Paris, etc. C'est ce qu'il appelle se placer sur le terrain de ses adversaires. Tout en acceptant leurs idées et leurs principes, il en tire des conclusions différentes. Il propose en ces termes de choisir pour roi le duc de Bordeaux :
Ce n'est ni par un dévouement sentimental, ni> par un attendrissement de nourrice transmis de maillot en maillot depuis le berceau de Henri IV jusqu'à celui du jeune Henri, que je plaide une cause où tout se tournerait de nouveau contre moi, si elle triomphait. Je ne vise ni au roman, ni à la chevalerie, ni au martyre ; je ne crois pas au droit divin de la royauté, et je
le vieux drapeau des morts, drapeau qui n'est pas sang gloire, mais qui pend le long du bâton qui le porte, parc 3 qu'aucun, soufïle de la vie ne le soulève. Quand je remuerais la poussière des trente-cinq Capets1, je n'en tirerais pas un argument qu'on voulût seulement écouler. L'idolâtrie d'un nom est abolie, la monarchie n'est plus une religion, c'est une forme politique2 préférable dans ce moment à toute autre, parce qu'elle fait mieux entrer l'ordre dans la liberté.
Inutile Cassandre, j'ai assez fatigué le trône et la patrie de mes avertissements dédaignés3; il ne me reste qu'à m'asseoir sur les débris d'un naufrage que j'ai tant de fois prédit4. Je reconnais au malheur toutes les sortes de puissance, excepté celle de me délier de mes serments de fidélité. Je dois aussi rendre ma vie uniforme : après tout ce que j'ai fait, dit et écrit pour les Bourbons, je serais le dernier des misérables, si je les reniais au moment où, pour la troisième et dernière fois5, ils s'acheminent vers l'exil.
Je laisse la peur à ces généreux royalistes qui n'ont jamais sacrifié une obole ou une place à leur loyauté, à ces champions de l'autel et du trône qui naguère me traitaient de renégat, d'apostat et de révolutionnaire6. Pieux libellistes,
croi3 à la puissance des révolutions et des faits. Je n'invoque pas même la Charte, je prends mes idées plus haut ; je les tire de la sphère philosophique de l'époque où ma vie expire : je propose le duc de Bordeaux tout simplement comme une nécessité de meilleur aloi que celle dont ou argumente.
1. Même point de vue que plus haut. 11 emprunte le langage des adversaires de la monarchie sur les Càpets. — Remarquer les métaphores (drapeau, poussière), banales en elles-mêmes, mais relevées parle mouvement de la phrase.