‹ Morceaux choisisChapitre 410 sur 530 · Cf. Règle : La fortune vient en dormant · texte numérisé non relu

Cf. Règle : La fortune vient en dormant

LA FIN DE LA VIE POLITIQUE

J'ai fixé1 l'époque d'une révolution clans les lettres, et de même, clans la politique, j'ai formulé les principes du gouvernement représentatif ; mes correspondances diplomatiques valent, je crois, mes compositions littéraires2. Il est possible que les unes et les autres ne soient rien, mais il est sûr qu'elles sont équipollentes3.

En France, à la tribune de la Chambre des pairs et dans mes écrits, j'exerçai une telle influence que je fis entrer d'abord M. de Villèle au ministère, et qu'ensuite il fut contraint de se retirer devant mon opposition après s'être fait mon ennemi. Tout cela est prouvé par ce que vous avez lit4.

Le grand événement de ma carrière politique^st la guerre d'Espagne5. Elle fut pour moi, dans cette carrière, ce qu'avait été le Génie du christianisme dans ma carrière littéraire6. Ma destinée me choisit pour me charger de la puissante aventure qui, sous la Restauration, aurait pu régulariser la marche du monde vers l'avenir7. Elle m'enleva à mes songes et me transforma en conducteur des faits. A la table où elle me fit jouer, elle plaça comme adversaires les deux premiers ministres du jour, le prince de Metternich et M. Canning8; je gagnai contre eux la partie. Tous les esprits sérieux que comptaient alors les cabinets convinrent qu'ils avaient rencontré en moi un homme d'Etat9. Bonaparte l'avait prévu avant eux, malgré mes livres10. Je pourrais donc, sans me vanter, croire que le politique a valu en moi l'écrivain, mais je n'attache aucun prix à la renommée

1. J'ai déterminé... Allusion à ses ouvrages littéraires qui ont en effet amené une révolution en littérature.

2. Il est difficile d'en juger d'après les Mémoires qui renferment de courts billets adressés au ministre pendant ses ambassades. D'ailleurs il est difficile de comparer deux choses aussi différentes.

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