‹ Morceaux choisisChapitre 420 sur 530 · Le chansonnier Béranger · texte numérisé non relu

Le chansonnier Béranger

8. Eloge cmi paraîtrait extraordinaire, si l'on ne se souvenait que Béranger fut salué en son temps comme un génie incomparable. Vers 1830, Hugo luimême ne balançait pas la gloire de Béranger. — Chateaubriand cite ici quelques fragments de ses chansons.

9. Le Roi d'Yvetot est une des chansons les plus populaires de Béranger, chanson que Chateaubriand semble apprécier particulièrement, sans doute parce qu'elle était une critique indirecte de Napoléon,

CHATEAUBRIAND

[Il dresse ensuite la liste des principaux historiens, français de l'époque et il attaque vigoureusement 1 école fataliste qui excuse presque les atrocités de la Révolution française en montrant que les criminels n'étaient pas responsables : ]

|^ Révolution et Christianisme.

Si, taisant ce que la Révolution a fait de bien, ce qu'elle a détruit de préjugés, établi de libertés dans la France, on retraçait l'histoire de cetle Révolution par ses crimes, sans ajouter un seul mot, une seule réflexion au texte, mettant seulement bout à bout toutes les horreurs qui se sont dites et perpétrées dans Paris et les provinces pendant quatre ans, cette tête de Méduse1 ferait reculer pour des siècles le genre humain jusqu'aux dernières bornes de la servitude2 ; l'imagination épouvantée se refuserait à croire qu'il y ait eu quelque chose de bon caché sous ces attentats. C'est donc une étrange méprise que de glorifier ces attentais pour faire aimer la Révolution. Ce n'est point l'année 4793 et ses énormitcs qui ont produit la liberté3; ce temps d'anarchie n'a enfanté que le despotisme militaire ; ce despotisme durerait encore si celui qui avait rendu la gloire sa complice avait su mettre quelque modération dans les jouissances de la victoire. Le régime constitutionnel est sorti des entrailles de l'année 1789 ; nous sommes revenus, après de longs égarements, au point du départ4 : mais combien de voyageurs sont restés sur la route5 !

Tout ce qu'on peut faire par la violence, on peut l'exécuter par la loi : le peuple qui a la force de proscrire a la force de contraindre à l'obéissance sans proscription. S'il est jamais permis de trangresser la justice sous le prétexte du bien public, voyez où cela vous conduit : vous êtes aujourd'hui le plus fort, vous tuez pour la liberté, l'égalité,

1. Image mythologique. Méduse était une des trois Gorgones ; son regard pétrifiait les gens. Persée lui coupa la tête.

2. Il veut dire que, par frayeur de l'anarchie, les hommes accepteraient la tyrannie la plus radicale.

3. Très juste. Il annonce ce que montrera Taine dans ses Origines de la France contem-

poraine, c'est-à-dire que la tyrannie jacobine a amené le despotisme militaire.

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