Rousseau était de Genève
5. Voltaire avait passé une grande partie de sa vie à Ferney, pas très loin du lac de Genève. Il est inexact de dire qu'il avait été insensible à la beauté du paysage. On lit dans YEpitre à Horace :
Je crois Ferney plus beau (*). Les regards étonnés, Sur cent vallons fleuris doucement promenés, De la mer de Genève admirent l'étendue ; Et les Alpes, de loin, s'élevant dans la nue D'un long amphithéâtre enferment ces coteaux Où le pampre en festons rit parmi les ormeaux
(*) Plus beau que Tibur où se retirait Horace.
LA VIE DE RETRAITE ET DE VOYAGES
pied du tombeau de Madame de Staël que tant d'illustres absents sur le même rivage se présentaient à ma mémoire1 : ils semblaient venir chercher l'ombre leur égale2 pour s'envoler au ciel avec elle et lui faire cortège pendant la nuit. Dans ce moment, Madame Récamier, pâle et en larmes, est sortie du bocage funèbre elle-même comme une ombre3. Si j'ai jamais senti à la fois la vanité et la vérité de la gloire et de la vie, c'est à l'entrée du bois silencieux, obscur, inconnu, où. dort celle qui eut tant d'éclat et de renom, et en voyant ce que c'est que d'être véritablement aimé4. (Mémoires d'Outre-Tombe, V, 589).
[Chateaubriand rentre à Paris, dès qu'il apprend l'arrestation à Nantes de la duchesse de Berry5. Il sollicite du gouvernement l'autorisation de se rendre auprès de la princesse. On la lui refuse. Il publie un Mémoire sur la captivité de Mme la duchesse de Berry qui se termine par le mot célèbre : « Madame, votre fils est mon roi6! » On le poursuit devant la cour d'assises (27 fé\rier 18^) ; il est acquitté. Il s'installe quelque temps à Paris. Il reçoit une lettre de la duchesse de Berry, prisonnière à Blaye,
4. Voilà bien le grand art de l'auteur. Il rassemble sur un même petit coin des ombres illustres, Voltaire, Rousseau, Byron, Mmo de Staël ; et c'est lui, Chateaubriand, autre génie, qui évoque ces souvenirs. — On remar-
3uera en un sens la continuation e l'image de la gloire : il semble que les grands écrivains, qui passèrent là, descendent du ciel pour chercher l'ombre leur égale.